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Scène culte: “Permanent Vacation” de Jim Jarmusch

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Dans Permanent Vacation, son tout premier long métrage, Jim Jarmusch a fixé l’âme dépenaillée d’un New York en train de disparaître. Aujourd’hui, le Lower East Side dans lequel Aloysius Parker (Christopher Parker) déambule n’est plus du tout cette ruine où errent quelques hobos en mal de vivre. Filmer des jazzmen qui jouent du saxo dans des zones désaffectées, c’était même déjà carrément anachronique quand au Mudd Club ou au CBGB la no-wave électrisait la ville de son minimalisme bruitiste. Alors, que regarde Parker quand il se pose tête baissée, avec un calme d’une nonchalance dandy, devant le musicien John Lurie, qui lui demande: «Qu’est-ce que tu veux entendre?» «Je m’en fous, tant que c’est un son vibrant et fou», répond le jeune dégingandé sous les lampadaires blafards. Si l’on regarde rétrospectivement la filmo du cinéaste à la crinière argentée, on sait qu’il aime contempler les créatures sans âge qui hantent posément la nuit: les vampires, les zombies, les taxis et, forcément, les jazzmen.

Ces mythes nocturnes peuplent son New York imaginaire, ces limbes de débris et de cartons, un poème urbain en forme de collage d’influences: modernes, vieux jeu, postmodernes, quelle importance? Jarmusch a souvent clamé l’influence des proses spontanées et heurtées de Jack Kerouac ou de William Burroughs. On pense à leurs dérives quand Aloysius s’éloigne de Lurie, allant se perdre au loin dans les ténèbres tandis qu’un jazz à la fois dissonant et indolent l’accompagne. Et quand il se réveille le matin en haut d’un toit dégueu d’où l’on distingue l’Empire State Building percer le ciel en arrière-plan, on se dit justement que le rêve babylonien qu’il vient de faire a la même hauteur de vue que les clochards célestes de Kerouac qui gravissaient le pic Matterhorn dans la Sierra Nevada. Cette fuite en avant un peu ivre vers le vide, ignorant tous les vertiges, toutes les altitudes, ce sera aussi celle d’Aloysius lorsqu’il quittera la ville pour aller fantasmer d’autres contrées, en touriste permanent.

Rétrospective Jim Jarmusch (six longs métrages), dès le 3 juillet.

Image : (c) Cinesthesia Inc.

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