Dans la séquence d’ouverture des Lois de l’attraction (2002), adaptation du roman de Bret Easton Ellis par Roger Avary, le cinéaste suit les parcours individuels de Sean, Paul et Lauren pendant la soirée « Fin du monde ». Et matérialise leur frustration au travers d’une narration à rebours, circulaire et kaléidoscopique.


Paul est amoureux de Sean, qui aime Lauren, qui aime Victor, qui ne se rappelle même pas qu’il a pu flirter un jour avec elle. En 1987, Bret Easton Ellis publie son deuxième roman, Les Lois de l’attraction, et affine son style blasé avec des personnages en quête d’affection mais désengagés du monde, chaque narrateur étant reclus dans son monologue intérieur. Dans le film de Roger Avary, cette polyphonie à l’œuvre dans le livre est rendue dans une narration circulaire, qui tourne à vide. Aucune interaction possible entre les personnages, qui avancent seuls. D’abord, Lauren perd sa virginité avec un inconnu alors qu’elle est ivre. Puis, l’image se fige et le film se rembobine: on circule à l’envers, l’eau fondue redevient glaçon, la bière dans une choppe retourne dans son fût, le vomi des étudiants bourrés réintègre leurs tripes mises à l’épreuve par les mélanges. On suit désormais les pas de Paul qui peine à trouver un partenaire. On remonte encore la bande image et on embranche sur un autre désillusionné. Sean ne se rappelle plus de la dernière fois qu’il a fait l’amour sans avoir bu. Avary malaxe la matière temporelle pour que les faits restent indépendants, aléatoires, sans lien de cause à effet. Rien n’évolue, tout paraît inéluctable. Alors que, plus tard, l’image se fixera sur ses yeux clos, comme s’il vivait en somnambule, Paul confesse : « J’ai l’impression que ma vie ne va pas de l’avant, et que tout se déroule tellement vite que le temps s’est arrêté. »