Séquestré pendant trente-cinq ans par sa mère dans une piaule insalubre, Bubby (Nicholas Hope) partage son temps entre son chat et le petit Jésus. Le retour de son père va le forcer à se confronter au monde extérieur… Bad Boy Bubby revient, dans une version restaurée, asperger les salles de son surréalisme trash.


Réalisé en 1995 par l’Australien d’origine néerlandaise Rolf de Heer – entouré de pas moins de trente-deux chefs opérateurs (!), Bad Boy Bubby se déploie à la manière d’un jeu surréaliste dans lequel chaque saynète est l’occasion d’une idée de mise en scène et d’une audace plastique. Vu à travers les yeux de son héros, homme-enfant naïf et dérangé qui ne s’exprime que par la répétition des mots et gestes de ceux qui l’entourent, le monde est un lieu étrange où l’horreur et la beauté se reconfigurent sans cesse. Fasciné par la musique, Bubby est recueilli par les membres d’un groupe de rock en mal de reconnaissance. Un soir, il les retrouve dans un bar, monte sur scène et déverse sur le public médusé toute la violence subie pendant sa captivité. La scène alterne plans du groupe, des spectateurs et de Bubby, dont le visage est cadré de plus en plus serré à mesure qu’il se libère, jusqu’à ce point limite où l’intensité de sa performance devient inquiétante. « Laisse Bubby tranquille », ânonne-t-il ; puis il se fige, habité par une flamme démente, qu’un ultime et subtil travelling avant enregistre, transformant ce Candide hardcore en figure messianique. Au-delà de son flirt permanent (et grisant) avec le glauque et le grotesque, Bad Boy Bubby révèle ici toute sa profondeur, entre fable amorale et satire émouvante.


de Rolf de Heer (1h48)
avec Nicholas Hope, Claire Benito…
ressortie le 11 novembre