Prix de la critique internationale à Cannes en 1972, cette chronique de sept jours de la vie d’un commando de l’armée française en Algérie, en avril 1961, n’a rien perdu de sa force antimilitariste.


Après le très beau Afrique 50 (1950), considéré comme le premier film anticolonialiste français, Les Mutins de Pangée poursuivent un admirable travail d’édition en DVD de l’œuvre de René Vautier avec ce coffret réunissant quinze films sur l’Algérie. Long métrage de fiction, Avoir 20 ans dans les Aurès s’annonce dès son carton de prologue comme un « condensé de huit cents heures de témoignages de six cents appelés de la guerre d’Algérie ». Patchwork formel, expérimental et libertaire, le film s’intéresse aux mécanismes qui conduisent un groupe de jeunes soldats français à la sauvagerie, avant de délaisser la bande pour suivre Nono, l’un d’eux, qui déserte avec l’insurgé algérien qu’il devait exécuter. Son errance le mène à la tente d’une famille berbère, qui lui apporte son aide. « Ça fait un an que je suis ici, je ne sais même pas dire “merci” en arabe », regrette le jeune appelé. Échanges pudiques de regards au-dessus d’un thé brûlant, mouvements feutrés, la quiétude de cette scène est troublée par le bruit d’un jeune garçon qui manipule, fasciné, le fusil du soldat français. L’image est bouleversante et annonce l’issue tragique du film en même temps qu’elle réaffirme son engagement profondément pacifiste.