Le nouveau film de Nanni Moretti (La Chambre du fils, Mia madre) est un documentaire qui exhume, par de nombreux témoignages, l’histoire d’anciens demandeurs d’asile chiliens qui se sont réfugiés dans l’ambassade italienne sous le régime militaire de Pinochet.


Chili, 1973. Après le coup d’État militaire du général Pinochet, près de six cents demandeurs d’asile ont trouvé refuge à l’ambassade italienne, à Santiago. Accueillis pendant un an par deux diplomates italiens dans la villa de l’ambassade, ces asilos y ont formé une communauté. L’Italien Nanni Moretti a tiré de cette histoire un documentaire épuré et passionnant dans lequel il donne la parole à certains d’entre eux – pour beaucoup accueillis par la suite en Italie – ainsi qu’à deux militaires. Si le film répond aux codes du documentaire historique (images d’archives et témoignages face caméra), il déborde de ce cadre serré en exaltant, au cœur de l’horreur, une force vitale qui repose en partie sur la capacité de résilience inouïe des victimes du régime Pinochet.

Ainsi, plusieurs d’entre eux racontent crûment les tortures qu’ils ont subies. Refusant de se laisser submerger par les émotions qu’elles pourraient à juste titre susciter en eux, ils dégagent au contraire une force surprenante. Un élan vital qui transparaît notamment quand, à tour de rôle, ils narrent la façon dont ils ont escaladé, dans un recoin échappant à la vue des militaires armés jusqu’aux dents, le mur de l’ambassade, par-delà lequel ils ont recréé la société dont ils ont été sèchement privés. Par contraste, un militaire, interrogé dans la prison où il purge sa peine, justifie la torture par une prétendue éthique d’État, mais paraît à l’écran rabougri, comme enfermé psychologiquement dans le mythe du bon soldat. Sans prendre de gants, Moretti le rencogne, d’abord hors champ puis face caméra, le poussant dans ses retranchements. Le cinéaste, qui ne prétend jamais à la neutralité, dessine au final un portrait au vitriol de l’Italie d’aujourd’hui qui, fermée sur elle-même, n’est plus la terre d’accueil qu’elle était hier. À l’arrivée, son documentaire nous fait prendre de la hauteur sur les événements, un peu à l’image de ce plan panoramique dans lequel il observe d’en haut la ville de Santiago.


: de Nanni Moretti
Le Pacte (1 h 20)
Sortie le 27 février