Dans l’ombre d’un trop lourd héritage, le cinéma russe bat de l’aile : revue de presse locale. Début septembre, la Russie était à l’honneur à la Mostra de Venise : Andreï Kontchalovski, 79 ans, y remportait un Lion d’argent pour son film Paradis. Mais derrière les lauriers se cache une réalité moins flatteuse. « Aucun film produit en Russie en 2016 n’a été rentable », rapporte Ekaterina Mtsitouridze, porte-parole de Roskino (le pendant local d’UniFrance) à l’agence de presse RIA Novosti. « Cette situation mérite d’être analysée, car elle témoigne d’un échec dans l’attribution des subventions de l’État », ajoute-t-elle. Proche du pouvoir, le quotidien Izvestia écrit : « Après deux décennies d’inaction, les autorités ont décidé de prendre le problème à bras-le-corps. » Notamment en proclamant 2016 « année du cinéma russe », et en programmant une centaine de projections et de rendez-vous dans tout le pays. En janvier 2015, le portail gazeta.ru citait le président Vladimir Poutine : « Cet événement sera l’occasion de se souvenir de nos grands succès, de trouver des solutions pour l’industrie du cinéma. » « Un moyen comme un autre de mettre un coup de projecteur sur des difficultés ignorées depuis vingt ans », rétorque, dans les colonnes d’Izvestia, le producteur Sergey Selyanov. Le site d’information Rambler News renchérit en citant Karen Shahnazarov, le directeur des studios Mosfilm, pour qui ces initiatives ne sont qu’un « événement de plus consacré au cinéma soviétique […] Cela nous a fait subir des pertes, car nous avons dû assurer des projections gratuites tout au long de l’année. » Symbole d’une industrie jadis florissante, Mosfilm – le Hollywood moscovite, fondé dans les années 1920 – a du mal à se libérer de son héritage et aller vers des projets innovants. Pour le quotidien Moskovski Komsomolets, le cinéma russe doit se tourner vers la jeune création pour s’en sortir : « Ce qu’il faut retenir de l’époque soviétique, ce n’est pas une nostalgie du passé, mais la capacité de discerner et de promouvoir des talents. »

JETLAG

À l’époque soviétique, chaque agglomération devait avoir un cinéma d’été à ciel ouvert et un cinéma d’hiver. Les salles russes sont aujourd’hui moins populaires : une place au cinéma Pobeda de Moscou, fraîchement rénové, coûte 500 roubles (7 euros), pour un salaire moyen de 30 000 roubles (400 euros)