La science-fiction cauchemardesque des années 2000 (AI, Minority Report, La guerre des Mondes) serait-elle définitivement révolue pour Steven Spielberg ? Avec Ready Player One, le cinéaste accorde en tout cas au genre une kermesse purement récréative, sous la forme d’un melting pot futuriste pulvérisant toutes les frontières de la pop culture.


Y a-t-il des enfants dans la salle ? Si l’on en croit les premiers retours, extatiques, de la critique américaine sur Ready Player One, la réponse est « oui ». Et de tous les âges. Il faut dire que le nouveau film de Steven Spielberg est attendu à plus d’un titre. D’abord, tout bêtement, parce que c’est un nouveau film de Steven Spielberg, qui semble s’être offert pour ses 70 ans un troisième poumon lui permettant d’enchaîner sans répit les projets d’envergure. Ensuite, parce que l’Entertainment King adapte ici un récent best seller de la science fiction (écrit par Ernest Cline), dont l’imaginaire biberonné à la culture geek cherche à réconcilier sous une même bannière plusieurs générations de fanboys – des premier spectateurs du cinéma Amblin jusqu’à la nouvelle garde du pro gaming et du MMORPG. Autant dire qu’il y a du monde à satisfaire – et à décevoir.

READY PLAYER ONE

Dans un futur proche et forcément ravagé par la crise, la population délaisse la morosité du réel pour se connecter dès le réveil à un jeu vidéo en réalité augmentée (l’OASIS), qui promet à tout un chacun un quotidien fait d’exploits guerriers et de récolte d’artefacts. Wade Watts (Tye Sheridan) est l’un d’entre eux. Il est jeune, bien sûr, orphelin, forcément, et ne rêve que d’une chose : mettre la main sur l’easter egg, sorte de Graal digital que le créateur de l’OASIS (Mark Rylance) a dissimulé dans un recoin éloigné de ce vaste univers étendu, en promettant à celui qui le retrouve les clefs du Royaume. Une quête stevensonienne survolée avec des bottes de sept lieux, qui sert surtout de prétexte à un mash up visuel délirant, où se télescopent dans une orgie de pixels des milliers d’icônes et de reliques de la pop culture. D’une célérité étourdissante (on pense beaucoup à l’adaptation shootée à l’hélium des Aventures de Tintin), le film peine cependant à aménager un double-fond émotionnel à ce Goonies 2.0., comme si Spielberg s’était contenté de placer son avatar derrière la caméra pour mieux se concentrer sur les trois, quatre, cinq autres projets qui l’attendent déjà.


: Ready Player One de Steven Spielberg
Warner Bros. France (2h20)
Sortie le 28 mars