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Ce ne sont ni des working class heroes, ni des punks flamboyants et autodestructeurs. Ray et Liz forment un couple de prolos alcooliques d’une triste banalité, englués dans l’Angleterre terne des années Thatcher. Après les avoir photographiés (dans la série dérangeante « Ray’s A Laugh », en 1996), leur fils, le renommé photographe britannique Richard Billingham, tire cette fois un portrait fictionnel de ses parents paresseux et irresponsables, aujourd’hui décédés. Pour ce premier film, il s’inspire de trois souvenirs de sa jeunesse, passée dans le Birmingham des années 1980. Le réalisateur n’épargne pas ses géniteurs, en tout point opposés (elle est obèse et directive, lui est chétif et passif), versant parfois dans le trash (on a droit à du vomi ou à de l’urine de chien s’étalant sur une moquette vieillotte). Mais comme chez le photographe Martin Parr, tout jugement moral et tout misérabilisme sont évacués pour s’attarder avec tendresse sur les corps abîmés et sur la fébrilité de ces individus fantasques qui transforment leur logement social en véritable ménagerie. Au-delà de l’esthétisation du borderline, ce film touchant saisit avec brio les failles d’une famille d’écorchés. 


: de Richard Billingham
Potemkine Films (1 h 48)
Sortie le 10 avril