En faisant dialoguer des élèves d’un lycée d’Ivry-sur-Seine, Claire Simon (Le Bois dont les rêves sont faits, Le Concours) révèle des récits hyper émouvants sur leur rapport à la filiation et à la solitude.


«J’aime bien voir comment les enfants grandissent quand les parents sont séparés ou pas. J’ai l’impression que ça crée une espèce de solitude.» Prononcée par la lycéenne Manon quand elle console son ami Hugo d’un chagrin d’amour, cette phrase pourrait résumer la démarche de Claire Simon pour son nouveau documentaire. Sollicitée pour réaliser un court métrage de fiction avec l’aide des élèves de première option cinéma du lycée Romain-Rolland  d’Ivry-sur-Seine, la cinéaste les a d’abord interrogés, seuls, face caméra, sur le thème  de la solitude. Elle n’a finalement pas gardé leurs puissants récits, souvent autour du divorce de leurs parents, car cela lui a suggéré une autre idée : réaliser un documentaire captant leurs discussions, à l’école ou dans le bus, sur des sujets évoqués lors de ces entretiens individuels.

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Alors que le dispositif aurait pu rendre la parole laborieuse ou artificielle, celle-ci se fait au contraire libre et réfléchie. L’écoute et la bienveillance qu’ils manifestent les uns envers les autres créent une sphère d’intimité qui permet, par exemple, au mutique Hugo de se livrer jusqu’aux pleurs en avouant qu’il ne communique pas avec son père, et qu’il se sent « seul dans (sa) famille ». À seulement  16 ou 17 ans, on pourrait croire qu’ils ont déjà tout expérimenté de la solitude, tant leurs parcours sont poignants. Comme celui de la douce Lisa, qui explique très simplement, sans pathos, que sa mère est hospitalisée pour des troubles bipolaires et qu’elle est aussi délaissée par son père. Ou celui de Judith, née au Nigeria dans une famille nombreuse puis adoptée par une femme célibataire en France, qui évoque brièvement sa solitude passée et sa peur de s’y confronter à nouveau. Mais c’est aussi l’âge des passions : de l’écriture à la musique en passant par la danse de Bollywood, chacun s’est trouvé un espace rassurant. Il fallait l’approche patiente et attentive de Claire Simon pour capter, vingt ans après avoir filmé une cour de maternelle dans Récréations , un portrait de la jeunesse si empathique et révélateur.


: de Claire Simon
Sophie Dulac (1 h 40)
Sortie le 14 novembre