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[PORTRAIT] Noémie Merlant : « J’ai progressivement essayé de choisir des rôles féminins qui ont du sens »

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Dans Portrait de la jeune fille en feu, elle campe une peintre qui s’éprend d’une femme recluse dont elle doit faire le portrait. Mais les yeux du public sont autant captivés par le visage de l’artiste que par celui de son modèle. Si Noémie Merlant fait l’effet d’une véritable apparition, c’est qu’elle n’avait, en dix ans de cinéma, jamais été filmée avec une telle intensité. Rencontre avec une trentenaire tombée tôt dans l’image et qui commence seulement à s’approprier la sienne.

Quand on rencontre Noémie Merlant, on est frappé par son regard, aussi perçant que celui de la peintre qu’elle interprète dans le film de Céline Sciamma. Comme si l’irradiation de cette histoire d’amour parvenait jusque dans le café de Vincennes où se déroule notre entretien. L’actrice, 30 ans tout rond, nous confie qu’elle a pourtant d’abord occupé la position du modèle, puisqu’elle a commencé le mannequinat à l’âge de 15 ans. Une activité qui instaure un « rapport de force » induisant que le mannequin « fasse tout ce que le photographe demande », peu évidente à exercer à l’adolescence.

Après le bac, alors que la jeune femme originaire de Paris songe à s’inscrire dans une école de commerce, son père lui conseille, à rebours de l’habituelle prescription parentale, de plutôt faire du théâtre. La voilà sur les planches du cours Florent, où elle connaît, avec un monologue des Européens de Howard Barker, un moment de révélation. « Ça m’a transportée et ça m’a appris à m’évanouir dans le texte. » En 2009, elle tourne un premier film, L’Orpheline avec en plus un bras en moins de Jacques Richard, qui ne fait pas date mais lui permet de discuter Antonioni et Bergman entre deux prises avec son collègue Melvil Poupaud.

Ce sont deux longs métrages de la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar, Les Héritiers en 2014 et Le Ciel attendra en 2016 (film qui lui vaut, l’année suivante, une nomination au César du meilleur espoir féminin) qui lui offrent un début de visibilité. « J’ai progressivement essayé de choisir des rôles féminins qui ont du sens. C’est déjà dur pour moi en tant que femme de savoir qui je suis et de ne pas me sentir coupable en permanence… C’est épanouissant de jouer dans des films qui font desserrer le corset. » Après Le Retour du héros de Laurent Tirard (2018), dans lequel elle joue une fille de bonne famille amoureuse d’un militaire (Jean Dujardin) au début du XIXe siècle, elle a ainsi campé, dans Curiosa de Lou Jeunet, la poétesse Marie de Heredia (1875-1963) qui noua une relation extraconjugale brûlante avec le poète Pierre Louÿs (Niels Schneider).

LA CONFIANCE REINE


Rôles de femmes artistes et films en costumes semblaient préparer Noémie Merlant au Portrait de la jeune fille en feu. La rencontre avec Céline Sciamma durant le casting a néanmoins surpris l’actrice. « J’ai tout de suite senti que ce serait une collaboration égalitaire. Céline a une manière intimidante de vous regarder, comme si elle scrutait votre âme, mais on apprend au fil du temps à identifier toute la bienveillance de ce regard, dont je me suis beaucoup inspirée pour le rôle de Marianne. »

Pour sublimer ce récit d’amour lesbien et donner corps à la notion de sororité, une méthode collective s’est mise en place sur le plateau. « C’était un mélange de réflexion et d’instinct : Céline nous a guidées, Adèle Haenel et moi, dans un jeu d’observation en triangle, où nous pouvions proposer des gestes spontanés et créer ensemble ces deux amantes. » Au milieu d’une équipe majoritairement composée de femmes, Noémie Merlant a pu mettre une part d’elle-même dans le personnage. « Marianne a un côté un peu buté, mais elle se lâche une fois qu’elle se sent à l’aise. Derrière mes airs froids, je peux aussi me détendre soudainement. » Démonstration devant nos yeux : les rires de la comédienne se font de plus en plus francs, et ses intonations s’affirment au fil de l’échange.

Elle confirme la révolution qu’a constituée le film de Céline Sciamma. « C’est l’aventure la plus inspirante de ma carrière. Un bol d’air qui me permet de m’écouter davantage et d’oser dire non à certains rôles. Comme Marianne, j’ai pris confiance en moi et je commence à savoir quelle artiste je veux être. » Réalisatrice d’un court métrage, Je suis une biche, primé au Nikon Film Festival en 2017, elle termine actuellement son deuxième court, Shakira, sur une jeune femme de la communauté rom, inspirée d’une de ses rencontres. Décidée à s’emparer de sujets qui la touchent profondément, l’actrice repart dans le soleil estival du pas élancé de celle qui croit fièrement en l’avenir.

Photographie : (c) Julien Liénard

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