Issu d’une famille de paysans, Hubert Charuel a préféré les bancs de La Fémis au purin de l’exploitation familiale.


Il ne quitte pas sèchement son giron pour autant: la ferme de son enfance est le décor principal de son premier long métrage, dans lequel ses proches tiennent des rôles secondaires. Un parfum autobiographique mâtiné de mauvaise conscience flotte ainsi sur l’air de « quelle vie si j’étais resté ? ». Pas de chronique naturaliste au programme, on le comprend dès la première scène. Le personnage principal, Pierre, voit sa chambre envahie par d’énormes vaches. Issue d’un rêve, l’angoissante vision en dit long sur le refoulé psychologique du petit éleveur laitier. Le trentenaire sacrifie tout pour son troupeau: sa vie sentimentale (sa mère cherche à tout prix à le caser avec la boulangère du village, occasionnant de piquantes scènes de comédie) ; ses amis (« Depuis quand le boulot handicape pour se bourrer la gueule ? ») ; et, bientôt, ce qui lui reste de santé mentale. Lorsqu’une terrible fièvre hémorragique se met à ravager le cheptel bovin de la région, à la manière de l’authentique virus de la vache folle, Pierre pète un boulon. Et le film de vriller avec lui vers le thriller. L’engrenage sanglant suit sa logique implacable avec efficacité, sans jamais basculer franchement dans l’horreur. Petit paysan y perd en radicalité formelle ce que ses personnages gagnent en nuance et en humanité.