À 36 ans, le très queer Mike Hadreas (Perfume Genius) sort No Shape , un quatrième album plus lumineux, moins tourmenté que ses précédents – bien que ses vieux démons (drogue, relations destructrices…) soient toujours là. « C’est un opus, nous a-t-il dit, qui doit aider ceux qui l’écoutent à se sentir moins seul ». On lui a demandé quels sont les films qui l’accompagnent.


Décris-toi en trois personnages de fiction.
Je dirais le héros d’Edward aux mains d’argent (1990) de Tim Burton, parce que je me sens, comme lui, très marginal. Sinon, dans le film d’horreur de Neil Marshall The Descent (2005), je me retrouve assez dans le personnage de Sarah, la survivante, pour son côté volontaire. Je crois que je peux gérer des situations de crise. Et je peux t’assurer que si j’étais dans cette situation, je ne les laisserais pas m’emmerder ! Et puis, sinon, voyons voir… Un animal mignon et doux en apparence…Peut-être un labrador ou un chien moins grand. Je crois que je m’identifie à des petites créatures très nerveuses.

Trois acteurs ou actrices qui t’inspirent ?
Isabelle Huppert, c’est sûr. Elle peut pleurer sans que rien ne bouge sur son visage. Et malgré ce côté figé, l’émotion est palpable. Ensuite, je mettrais Samantha Morton – elle est tellement expressive ! Et elle est du genre à faire des choses totalement imprévues. Si Minority Report (2002) de Steven Spielberg est un bon film, c’est grâce à elle. Elle a aussi joué dans Jesus’ son (1999), un film pas du tout reconnu à sa juste valeur. Elle est géniale là-dedans, elle est drôle, bizarre. En dernier, je dirais Charlotte Rampling. Elle n’a pas à faire grand chose à part être là.

Tes trois films préférés ?
D’abord, Dark Blood (2012) de George Sluizer, le dernier film de River Phoenix. C’est un thriller en même temps qu’une histoire d’amour bien ficelée – j’aime les films qui sont émouvants, sans verser dans le cucul. Et il y a beaucoup de folk, du coup ça me rappelle ma jeunesse, j’en écoutais pas mal. Après, Thelma et Louise (1991) de Ridley Scott, une romance platonique entre deux femmes. Ce film montre qu’on peut tout à fait avoir des amitiés amoureuses, au point de mourir pour une amie. Et puis Breaking the Waves (1996) de Lars von Trier. C’est hyper déstabilisant. Lars von Trier est l’un des meilleurs cinéastes au monde et, quand on regarde ses films, c’est évident qu’il est fucked up !

Un film que tu pourrais voir à 3 heures du mat’, une nuit d’insomnie ?
Clueless (1995). J’adore ces films qui te ramènent à tes sentiments d’ado. Quand je regarde ça, je me persuade que je suis devenu quelqu’un de posé.

Trois films que tu détestes ? 
Collision (2004) de Paul Haggis, un film qui fait mine de s’interroger sur les questions de discrimination mais il est bourré de clichés. C’est vraiment de la merde ! Le Discours d’un roi (2010), je ne l’ai pas vu mais ça me branche pas du tout. Qu’on en fasse tout un foin et qu’on s’intéresse toujours aux riches comme ça, ça m’énerve. En vérité, je ne sais même pas de quoi parle ce film ! En général, je n’aime pas trop quand les américains font des blockbusters qui durent 3 heures comme, je sais pas… Superman. Je m’endors direct, je ne peux même pas me concentrer devant ce genre de films.

Trois films que tu aurais adoré vivre ?
Déjà, ce serait forcément lié à la bouffe ! Je dirais L’Armée des morts (2004) de Zack Snyder, parce que je rêverais de traîner dans un centre commercial vide. Legend (1985) de Ridley Scott, particulièrement cette scène dans laquelle Jack et Lili voient des licornes. Ils sont si près qu’ils pourraient les toucher. Le problème, c’est qu’ils ne peuvent même pas les effleurer, sinon le monde entier tomberait dans une nuit éternelle. Cela dit, si ça avait été moi, je n’aurais pas pu m’en empêcher. Pour le dernier, j’aimerais bien citer un truc un peu plus sensé, genre un film sur le sport ou un film de guerre. En fait, j’aime bien expérimenter des choses qui me paraissent un peu sans rapport avec ma personnalité, des choses si intenses qu’elles me font sortir de moi-même.

Trois films à montrer à ton voisin homophobe ?
En soi, je me fous de convaincre qui que ce soit. Avant, j’essayais toujours de leur faire changer d’avis, mais fuck them ! Je n’ai plus de temps à leur consacrer.


« No Shape » de Perfume Genius (Matador)