On connaît le tropisme de Tindersticks pour le cinéma, à travers leurs B.O. pour les longs métrages de Claire Denis. Mais qu’advient-il quand leur musique engendre des films ? Réponse avec les onze courts métrages illustrant leur nouvel album, The Waiting Room.


« D’habitude, pour les B.O., je m’inspire des images de Claire Denis, nous explique Stuart Staples, le crooner de Tindersticks. Là, c’est exactement l’inverse. Neuf réalisateurs sont partis de nos onze morceaux pour créer un espace visuel. Je n’ai pas essayé de leur décrire ce que racontaient les chansons. Ils devaient les réinventer. » L’idée de cet album visuel lui a été soufflée lors d’un passage au festival du court métrage de Clermont-Ferrand. Le résultat, aussi envoûtant que les mélodies des Anglais, est une collection cohérente de petits films nés de l’imaginaire de cinéastes pourtant fort divers, tels le Français Pierre Vinour, l’Allemand Christoph Girardet ou le Brésilien Gregorio Graziosi. À l’écran, la lente progression des rayons du soleil sur une porte close, qui illustre le morceau introductif « Follow Me », laisse place au film suivant dans lequel un automobiliste spectral semble en proie à d’étranges visions. Alors que le rythme de la musique s’accélère, le bolide glisse sur le périphérique parisien avant de s’abîmer dans la mer. On rouvre les yeux dans une gare où erre un homme. Son visage est familier des fans de Claire Denis (la réalisatrice est d’ailleurs derrière la caméra de ce court) : c’est celui de son acteur fétiche, Alex Descas. S’apprête-t-il à prendre un nouveau départ, à l’instar de Tindersticks depuis la dissolution de la première mouture du groupe, en 2006 ? Ou attend-il simplement quelqu’un, comme le suggère le titre du onzième album des Anglais ? Le morceau à l’origine de ces images, « Help Yourself », désarçonne. Experts ès rêveries mélancoliques, les Britanniques ne nous avaient pas habitués à ce genre de beat endiablé, à ces frémissants cuivres africains. « Tout le monde me parle de Fela Kuti, mais je n’ai pas pensé une seconde en termes d’afrobeat pour écrire cette chanson ! s’amuse Staples. Elle m’est venue naturellement, en tapant sur une guitare. C’est le point de départ du disque. » L’épicentre funky d’une classieuse déflagration soulful.


The Waiting Room de Tindersticks
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