L’éveil sexuel d’une jeune femme dans une Syrie au bord du gouffre. Porté par l’excellente Manal Issa, ce huis clos bunuelien, sélectionné dans la section Un certain regard à Cannes en 2018, révèle la cinéaste Gaya Jiji. Nahla étouffe. Confinée dans l’appartement familial avec sa mère et ses deux sœurs, la jeune Syrienne rêve d’un appel d’air. Le salut semble d’abord venir de Samir, Syrien expatrié aux États-Unis revenu à Damas pour trouver une épouse. Mais ce dernier lui préfère finalement sa sœur cadette, plus docile. Vexée de l’affront et sexuellement frustrée, Nahla va toquer à la porte de la voisine du dessus, Madame Jiji, qui tient une maison close. Un monde fantasmatique et tortueux s’ouvre alors à elle, tandis que, dehors, la révolte gronde – nous sommes en mars 2011, c’est le début de la guerre civile. Avec ce premier film réalisé dans la foulée de trois courts métrages, la cinéaste syrienne Gaya Jiji, exilée à Paris, évoque les blessures de son pays par le biais de l’intime. Car si le soulèvement contre le tyran Bachar al-Assad reste quasiment hors champ dans ce huis clos tourné en Turquie, l’oppression du peuple, palpable, se lit dans le quotidien asphyxiant de ces femmes. Et en particulier dans le parcours sensuel de Nahla, belle de jour version « printemps arabe » brillamment campée par Manal Issa – l’actrice franco-libanaise offre à son personnage retors un imprévisible souffle libertaire.


de Gaya Jiji
Sophie Dulac (1 h 36)
Sortie 18 juillet