Malgré une tâche a priori anecdotique – concevoir tous les accessoires comportant de la typographie –, Miraphora Mina et Eduardo Lima ont érigé un véritable petit empire au sein de la saga Harry Potter. À l’occasion de la sortie du spin-off de la saga, Les Animaux fantastiques, le duo londonien à la tête du studio MinaLima nous a ouvert sa boîte à malices.


Miraphora Mina et Eduardo Lima sont épuisés, mais heureux. Il faut dire que le duo sort à peine d’un véritable marathon, lorsqu’ils acceptent de revenir sur leur dernier projet en date, Les Animaux Fantastiques : « Ça fait un an et demi qu’on est sur ce film, nous explique Eduardo Lima. Notre travail est allé du plus petit accessoire, comme les menus de restaurant, aux choses les plus visibles, comme les devantures des boutiques. Et il y avait énormément de boutiques dans le New York des années 1920 ! » Adoubé par J. K. Rowling et vénéré par tous les réalisateurs de la franchise (Alfonso Cuarón en tête), le duo est devenu au fil des ans un maillon incontournable de l’univers de Harry Potter, ce qui continue d’étonner Miraphora Mina. « Quand j’ai commencé à travailler sur ces films, en 2000, je n’aurais jamais pensé que cela allait prendre une telle ampleur. Eduardo m’a rejoint sur le deuxième film, et, après le huitième opus, nous avons décidé de concrétiser notre coup de foudre professionnel en fondant un studio, MinaLima. C’était le moyen de s’assurer que nous allions poursuivre notre collaboration. Et le travail a continué d’affluer, sur d’autres films, comme Imitation Game, mais aussi sur tout ce qui se rattache à Harry Potter, des produits dérivés aux parcs d’attractions ; tant et si bien que, aujourd’hui, une dizaine de designers travaille en permanence sous nos ordres. Paradoxalement, l’une de nos préoccupations actuelles, c’est de limiter le développement de MinaLima. Nous avons à cœur d’avoir la mainmise sur le pan créatif de notre travail. »

Les Animaux Fantastiques

Les Animaux Fantastiques

COUPER-COLLER

Cette préoccupation va de pair avec la qualité artisanale du travail de MinaLima. « Même si l’ordinateur demeure notre outil principal, nous faisons toujours primer le caractère “fait main” de nos œuvres, explique Miraphora. Pour conférer à nos créations une patine réaliste, nous opérons un travail de découpe et de collage à partir d’archives. Ainsi, quand nous avons besoin d’une ligne droite, nous ne la traçons jamais par ordinateur : nous récupérons une ligne adéquate repérée sur un vieux document et nous l’incrustons sur notre création. » Pour assurer ce travail de patchwork, MinaLima s’est constitué une énorme collection de vieux manuels scolaires, de publicités anciennes et autres livres de médecine séculaires. « Chiner est une grosse part de notre travail, raconte Eduardo. Et comme Les Animaux fantastiques se déroule aux États-Unis et non plus en Angleterre, nous sommes allés à New York pour renouveler notre documentation. » Si MinaLima a été déterminant dans la direction artistique de la saga Harry Potter, la franchise leur a en retour apporté la fortune et la gloire – la galerie parisienne Arludik leur consacre ce mois-ci une exposition. Il existe même désormais, dans le quartier de Soho, à Londres, une boutique MinaLima où se bousculent les fans du jeune sorcier. Ce succès a néanmoins un prix : il est aujourd’hui impossible de dissocier le travail de MinaLima de l’univers créé par J. K. Rowling. « On se moque d’être catégorisés comme les “designers de Harry Potter”, précise Eduardo, parce que c’est extrêmement rare que des graphistes aient une relation aussi privilégiée avec un univers aussi fort. C’est certainement même sans précédent. » Une relation fusionnelle qui, selon Miraphora, va au-delà de simples considérations pratiques ou d’un trivial intérêt financier. « Qu’il s’agisse de mon rapport avec Eduardo, ou de notre relation avec l’univers de Harry Potter, nous partageons les mêmes valeurs. La saga de Rowling a ceci de particulier qu’elle est remplie d’un humour très anglais. Et c’est pour nous deux une chose primordiale que l’on ne trouve dans aucune autre saga cinématographique : il ne faut pas se prendre trop au sérieux. Surtout quand on travaille aussi dur. »


« Les Animaux fantastiques »
de David Yates
Warner Bros. (2 h 13)
Sortie le 16 novembre