Après L’Avenir, et ses dialogues truffés de références philosophiques, Mia Hansen-Løve signe son film le plus méditatif, majoritairement tourné en Inde. Récit de la renaissance d’un homme blessé, Maya nous permet aussi d’assister à l’éclosion d’une comédienne, la lumineuse Aarshi Banerjee.


Voilà plus de dix ans que Mia Hansen-Løve 
scrute avec une douce obstination des personnages convalescents. Face à la disparition d’un être cher (Le Père de mes enfants), à l’enterrement de leurs illusions (Eden), à une rupture amoureuse et professionnelle (L’Avenir), chacun d’entre eux tente de se reconstruire. C’est une perte de sens que doit affronter Gabriel au début de ce sixième long métrage. Grand reporter, il est libéré, avec un collègue, après quatre mois de captivité en Syrie, tandis qu’un troisième journaliste y est toujours détenu. La cinéaste s’intéresse moins à la terrible expérience vécue par Gabriel qu’à l’état dans lequel elle le laisse à l’heure de son retour à Paris parmi les siens. Aussi peu enclin à revenir sur son passé d’otage (« Ni psychanalyse ni bouquin », balaie-t-il) qu’à s’ancrer dans le quotidien, il décide de partir en Inde, où il a grandi.

Quête ou fuite ? Le film, qui évoque au passage les ambiguïtés du métier de reporter de guerre, ne tranche jamais, et la prestation nuancée de Roman Kolinka se fait le vecteur de cette belle incertitude. Entre deux escapades en scooter, Gabriel rend visite à son parrain et se lie avec la fille de celui-ci, Maya, personnage solaire et lui aussi flottant puisqu’à 17 ans elle se demande si son futur se dessine plutôt en Inde ou en Europe. Au sein d’un casting finement composé (plaisir de retrouver Johanna ter Steege, trop peu vue depuis ses débuts chez Garrel père il y a vingt-cinq ans), l’ex-mannequin Aarshi Banerjee séduit par son jeu naturel. Devant la caméra attentive de Hansen-Løve, la naissance de l’amour, capturée sans mièvrerie, et la beauté des paysages de Goa, filmée sans exotisme, apparaissent comme deux sources auprès desquelles Gabriel puise de l’énergie et trouve une harmonie. Comme Pamela (Tout est pardonné) ou Camille (Un amour de jeunesse), Maya montre que, pour la cinéaste, l’adolescence n’est pas seulement l’âge des doutes, mais aussi celui d’une force vitale qui donne envie d’espérer malgré tout.


: de Mia Hansen-Løve
Les Films du Losange (1 h 45)
Sortie le 19 décembre