Prenant le relais d’un studio Ghibli fatigué et en pleine remise en question, le tout jeune Studio Ponoc entre en scène avec Mary et la Fleur de la sorcière, entre continuation et émancipation.


En septembre 2013, le légendaire Hayao Miyazaki, réalisateur, au sein du studio Ghibli, du Château dans le ciel, du Voyage de Chihiro ou de Ponyo sur la falaise, annonce prendre sa retraite après un dernier long métrage, Le vent se lève. En 2014, cette déclaration est suivie par une deuxième annonce : Ghibli va faire une pause dans la production de films d’animation. Alors que les animateurs sont remerciés les uns après les autres, le producteur Yoshiaki Nishimura (Le Conte de la princesse Kaguya, Souvenirs de Marnie) décide de créer son propre studio, pour rendre hommage à l’œuvre du maître et faire perdurer un savoir-faire. Tout début 2015, le studio Ponoc est lancé. Ce nom qui semble rebondir vient du croate et se traduit par « minuit » (d’où le O du logo transformé en horloge), mais aussi par « début d’un nouveau jour ».

Une signification qui fait pleinement sens. Très vite, Nishimura convainc le réalisateur Hiromasa Yonebayashi de le rejoindre, après vingt ans de bons et loyaux services chez Ghibli, studio au sein duquel il a appris son métier et pour qui il a réalisé deux longs métrages, Arrietty. Le petit monde des chapardeurs (2011) et Souvenirs de Marnie (2015). Pour les deux hommes, ce nouveau départ est promesse d’une plus grande autonomie (chez Ghibli, toutes les décisions sont prises par les deux directeurs fondateurs, Miyazaki et Isao Takahata, réalisateur du Tombeau des lucioles ou du Conte de la princesse Kaguya), mais correspond aussi à un besoin, pour les deux quadras jeunes papas, de se tourner davantage vers la jeunesse. « Miyazaki a 76 ans, et Takahata, 82. Vers la fin, beaucoup de leurs histoires parlaient de séparation. Le Conte de la princesse Kaguya et Le vent se lève reflétaient les considérations de leur âge, traitaient de la vie et de la mort. Nous avons l’âge qu’avaient Miyazaki et Takahata quand ils ont débuté, et comme eux à cette époque nous voulons raconter des rencontres et des commencements », expliquait Nishimura, dans une interview avec son partenaire au site américain The Verge en octobre 2017.

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APPRENTIS SORCIERS

Le premier long métrage du studio, Mary et la Fleur de la sorcière, met donc en scène une petite fille qui, à peine installée chez sa grand-mère à la campagne, fait la rencontre d’un jeune voisin narquois et de deux étranges mais adorables chatons. Elle découvre vite une fleur qui lui confère des pouvoirs magiques et l’entraîne, au-delà des nuages, dans une immense école de sorciers… Visuellement, cette adaptation d’un roman britannique, avec son héroïne ébahie qui pourrait être la cousine de celles de Ponyo sur la falaise et de Kiki la petite sorcière, ressemble à s’y méprendre à du Ghibli – une bonne partie des quatre cent cinquante animateurs ayant travaillé sur le film est d’ailleurs issue du studio. Mais avec ce récit d’une fillette maladroite et pleine de vie qui s’affranchit de son aïeule bien aimée pour sauver seule ses amis et découvrir sa propre force intérieure, le film prend aussi des airs de profession de foi pour le jeune et ambitieux studio. Ghibli peut se reposer, Ponoc entretient feu sacré.


« Mary et la Fleur de la sorcière »
de Hiromasa Yonebayashi
Diaphana (1 h 42)
Sortie le 21 février