Nouveau film de l’éclectique documentariste Emmanuel Gras (Bovines, sur le quotidien des champs et des vaches ; 300 hommes, sur celui d’un centre d’hébergement à Marseille), Makala se présente comme une œuvre hybride et ambitieuse, à la lisière de la fiction. On y accompagne pas à pas un jeune Congolais au travail : un arbre au tronc démentiel à couper, du bois à convertir en charbon (makala en swahili), d’énormes sacs à transporter à vélo sur des kilomètres, d’interminables négociations avec chaque client – pour un prix inversement proportionnel à la démesure de la besogne. Le labeur est sisyphéen, hypnotique, presque sans repos, débutant chaque fois au lever du jour pour s’achever au bout de la nuit. Documenté avec un rare souci d’authenticité, de pédagogie, et malgré tout d’ampleur par la caméra de Gras, le portrait de ce forçat du sol se diffracte progressivement pour dévoiler la réalité d’une odyssée collective pour la survie. On garde ainsi longtemps en mémoire l’image limpide de ces lignes de vélos cabossés traversant l’immensité du territoire, chargés comme des sherpas, prêts à s’effondrer sous le poids de tant d’efforts.


d’Emmanuel Gras
Les Films du Losange (1 h 36)
Sortie le 6 décembre