Pour sa première production américaine, Xavier Dolan (Les Amours imaginaires, Juste la fin du monde) signe, à travers le récit d’une rencontre entre deux solitudes dans le courant des années 2000, une ode puissante à la « fan attitude ».


Auteur d’un ouvrage réunissant les lettres qu’il a échangées avec la vedette de télé John F. Donovan (excellent Kit Harington), disparue dix ans auparavant à l’âge de 30 ans, Rupert, un jeune acteur, raconte à une journaliste dans un café londonien pourquoi ces courriers ont changé le cours de leurs vies. Une série de flash-back étourdissants nous propulsent ainsi en 2006. Cette année-là, 
aux États-Unis, Donovan crève l’écran dans une série surnaturelle pour ados qui, avec ses effets spéciaux cheap, fait la joie extatique de ses jeunes fans (et n’est pas sans rappeler la mythique « Trilogie du samedi » sur M6). Parmi eux, Rupert (surprenant Jacob Tremblay), un collégien américain qui, harcelé par une brute de son bahut, vit mal son emménagement en Angleterre…

© Shayne Laverdière

© Shayne Laverdière

Faisant des lettres manuscrites l’échappatoire salvatrice de deux âmes esseulées qui dissimulent leurs souffrances intimes (pour préserver sa carrière, Donovan cache son homosexualité), Dolan transcende leurs disparités – ni les différences d’âge ou de milieu ni la distance géographique n’empêchent leur rapprochement. Touchant presque au religieux, cette fascinante communion entre un jeune fan et son idole, baignée dans une lumière chaude, est d’une certaine manière empreinte de nostalgie. À l’ère des réseaux sociaux et du virtuel, rédige-t-on encore des courriers à la main dans l’espoir de recevoir dans nos boîtes aux lettres une réponse ?

Sans renoncer à ses thèmes de prédilection (le rapport compliqué aux mères – ici incarnées avec force par Natalie Portman et Susan Sarandon –, ou bien encore la peur du rejet ressenti par ses personnages, souvent issus des communautés LGBTQ+) ni à son goût prononcé pour les bandes-son pop qui galvanisent les sentiments, Dolan critique un système hollywoodien qui broie l’individu et adresse en même temps une belle lettre d’amour aux fans qui, happés par leurs rêves démesurés, sont comme touchés par la grâce.


: de Xavier Dolan
Mars Films (2 h 10)
Sortie le 13 mars