Monumentale, la durée du dernier film de Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval (3 h 45) est pourtant dérisoire au regard de l’ambition affichée par ses auteurs : explorer, par le témoignage et l’observation, les méandres de la jungle de Calais, sorte de bidonville labyrinthique vers lequel des milliers de réfugiés affluent dans l’espoir de passer en Grande-Bretagne. Sans commisération, le film détache de cette fourmilière d’existences anonymes quelques destinées individuelles qu’il suit – et dont on perd puis retrouve le fil au gré des vicissitudes de l’exil. Car l’espoir de traverser la Manche est progressivement réduit à peau de chagrin par des mesures policières rendant ce projet de plus en plus complexe et périlleux. Initialement lieu de transit, la lande se transforme alors en nation hybride, agglomérant tous les déracinés du monde au sein d’une enclave que rien ne semble pouvoir faire disparaître (le camp est sans cesse démantelé, avant de se reconstruire de lui-même). C’est, du reste, ce qui intéresse au premier chef Klotz et Perceval : l’émergence, sous l’entrelacs apparent des langues et des cultures, d’un étrange et imprescriptible destin commun.


: de Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval
Shellac (3 h 45)
Sortie le 4 avril