Et si la meilleure façon de filmer les hommes, c’était de les mettre au vert ? Dans L’Île au trésor et Contes de juillet, Guillaume Brac narre les aventures de citadins dans un parc de loisirs de la banlieue parisienne, au plus chaud de l’été. Avant lui, nombreux sont les cinéastes qui ont filmé l’état de nature et les élans poétiques que ravivent en nous ces enclaves de liberté au cœur des villes.



Le Parc
de Damien Manivel (2017)
Quoi de mieux que de flâner dans les allées pour parfaire son discours amoureux ? Sous l’influence de la nature, cette drague déambulatoire finit par délier les langues et les sentiments. Mais les amours qui naissent ici survivront-elles à la ville ? Ce passage de l’idylle au doute se fait ici subtile métaphore du passage de l’adolescence vers l’âge adulte.


L’Inconnu du lac
d’Alain Guiraudie (2013)
Un lieu de drague homo aux abords d’une grande ville du Sud-Ouest. Alain Guiraudie y filme le ballet joyeux des corps nus qui se cherchent et batifolent dans les hautes herbes. Ce pourrait être l’éden, mais le diable guette. Le parc ravive les mythologies et organise la valse dangereuse entre Éros et Thanatos.


Quand Harry rencontre Sally…
de Rob Reiner (1989)
Les parcs sont comme les sentiments : ils changent au fil des saisons. C’est ce qu’illustre Rob Reiner en filmant la relation contrariée, sur plusieurs décennies, de Harry et de Sally. Dans les allées tantôt verdoyantes, tantôt ocres ou dégarnies de Central Park, les héros vieillissent au rythme de la nature.


Le Songe d’une nuit d’été
de William Dieterle (1935)
Parcs et salles de cinéma offrent aux citadins un espace hors du monde pour rêver. Hollywood l’a vite compris, en faisant de l’adaptation du classique féerique de Shakespeare un manifeste de son pouvoir spectaculaire. Dans cette verdure de studio, les charmes de la nature et du cinéma ne font qu’un, le temps d’un mirage.


Le bois dont les rêves sont faits
de Claire Simon (2016)
Les parcs sont des mondes en soi. C’est ce que raconte Claire Simon dans cette plongée documentaire, douce et triste, auprès des « habitants » du bois de Vincennes. Quand certains viennent s’échapper le temps d’une promenade, d’autres y restent pour s’inventer un monde à eux, quitte à s’y perdre.


Blow Up
de Michelangelo Antonioni (1966)
Les parcs sont aussi des lieux de regards. Au cœur du Londres des sixties, le héros du film d’Antonioni, voyeur compulsif, capture avec son appareil photo la vie des promeneurs. Couples illégaux, corps alanguis, il trouve dans l’écrin de verdure un théâtre humain à ciel ouvert. Jusqu’à la photo de trop…


Vive l’amour
de Tsai Ming-liang (1995)
Parfois, on aimerait n’être personne. Le parc offre la possibilité de se couper du monde, de se laisser aller. C’est ce que filme Tsai Ming-liang dans une sublime séquence de près de neuf minutes où son héroïne, après une longue marche, s’assoit sur un banc pour pleurer face caméra. Une scène qui colle des frissons.


Escape from Tomorrow
de Randy Moore (2013)
Dans les parcs d’attractions, la bonne humeur est de mise. Et si ce sourire crispé virait à la grimace flippante ? Tourné clandestinement dans les allées grouillantes de Disney World en Floride, ce film parano capte la bizarrerie de ces parcs à thèmes où vrai et faux finissent par se confondre : un monde en toc cauchemardesque.

parcok

Illustration : Élodie Lascar