Que se passe-t-il quand des enfants ou ados se retrouvent libérés des contraintes parentales et de l’autorité des prof dans la cour de récréation (même s'il y a souvent un pion qui rôde) ? Au cinéma, la cour de récré est souvent le lieu des confidences, des jeux et des découvertes, mais elle est aussi parfois le théâtre de violents affrontements.


Zéro de conduite de Jean Vigo (1933)

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S’inspirant de ses souvenirs d’enfance pour son premier long métrage de fiction, Jean Vigo dépeint l’école comme une institution sévère et sclérosée. Le film suit de jeunes garçons pensionnaires dans un collège où ils sont sans cesse réprimandés par des adultes, étriqués dans leurs costumes trois pièces, sévères et acariâtres. Seule la cour de récré apparaît comme un espace de liberté aux garçons qui jouent au foot, élaborent des plans machiavéliques ou fument en cachette dans les toilettes. Dans une séquence fameuse, trois garçons accroupis derrière un arbre de la cour scrutent une grande carte pour préparer un coup foireux. Un peu plus loin dans la cour, un pion sympathique, aux allures de grand dadais (Jean Dasté), seul adulte bienveillant du film, surveille les enfants et passe leurs bêtises sous silence. Chapeau melon et canne en bois à la main, il les fait même rire en imitant la démarche hésitante de Charlot.

L’argent de poche de François Truffaut (1976)

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Avec Les 400 coupsL’argent de poche est l’autre grand film de François Truffaut sur l’enfance. Si Truffaut s’attache à suivre chaque enfant après la classe, la cour de récré y tient une place centrale. C’est le lieu des jeux, des bêtises, mais aussi de l’éveil à la sensualité. Surtout pour le petit Richard, un gamin au minois trompeur, qui perché sur les épaules de son ami, le non moins tranquille Franck, jumelles sur les yeux, se paye une bonne tranche de voyeurisme en toute impunité, en observant une jeune femme dans son appartement, qui se passe, langoureusement, un gant de toilette sur son buste nu.

Diabolo menthe de Diane Kurys (1977)

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Après les garçons, nous voici chez les filles. Nous sommes en 1963, c’est la rentrée et les sœurs Anne et Frédérique, 13 et 15 ans, viennent de rentrer de vacances. En ce jour de rentrée, les filles, toutes vêtues de leur blouse d’école, se pressent dans la cour pour rejoindre les rangs de leur classe, tandis que les professeures, de vieilles peaux endimanchées, hurlent le nom des élèves. Dans cette cour, les petites filles modèles sautent à l’élastique mais se livrent surtout à des confessions inavouables. Dans une séquence très drôle, une copine d’Anne explique comment elle a « couché avec un garçon » : « Il m’a dit de me mettre toute nue pour finalement s’allonger à côté de moi et lire un Spirou. » Ses amies, écœurées, décrètent : « C’est dégueulasse ! »

Génial mes parents divorcent de Patrick Braoudé (1991)

Julien rentre en CM2 et, mauvaise nouvelle ; ses parents divorcent. Dans cette comédie culte, la cour de récré est un lieu d’activités louches (le petit Nestor s’enferme dans les toilettes avec des filles qu’il paye en Carambars pour faire croire à ses copains qu’il fait l’amour) mais aussi de grosses bagarres. Après que son (ancien) meilleur copain, l’imbuvable Christian a balancé à toute la cour que ses parents divorçaient, Julien décide de régler ses comptes en lui mettant son poing dans la figure. Mais très vite les choses dégénèrent. Tandis que l’autre geint, une dent en moins et la bouche en sang, la petite foule s’excite et l’affaire personnelle se transforme en baston générale.

Récréations de Claire Simon (1998)

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Claire Simon, en filmant une cour de maternelle, donne à cet espace goudronné des airs de microsociété, « une sorte de pays » qui « ressemble un peu à une scène de théâtre », écrit-elle dans son synopsis. Parmi les nombreuses saynètes qui composent ce film tantôt drôle, tantôt cruel, celle de la fin est la plus frappante. La cour est le lieu de l’humiliation. Une petite fille au visage poupon et aux fines bouclettes blondes sanglote à gros bouillons sur un petit muret de la cour. À côté d’elle, ses copines, elles aussi sur le petit mur, sautent fièrement au-dessus du banc qui se trouvent devant elles. L’exercice parait insurmontable à la fillette blonde : elle implore sa maman et regarde le ciel dans l’espoir que quelqu’un lui vienne en aide. D’abord, encouragée puis raillée par les autres filles (qui lui font bien comprendre qu’elle n’est qu’une sombre gourde), la pleureuse ne parvient pas à se consoler, elle tape du pied, s’emporte, grogne. Après maintes hésitations et tentatives avortées, la petite fille se lance et parvient à imiter ses amies.

Être et avoir de Nicolas Philibert (2002)

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Dans une petite école perdue dans les montagnes d’Auvergne, les enfants de maternelle et de primaire font cours dans la même classe animée par un prof dévoué. La cour se réduit ici au petit jardin qui borde le devant de la maison qui sert d’école publique. Nicolas Philibert la filme pour marquer le passage du temps. Au début, on y sort bien couvert, bonnet sur la tête, écharpe nouée et luge en main et on joue avec la neige qui recouvre le jardin. On la traverse plus tard sous une pluie torrentielle, puis, le beau temps revenu, on s’y installe même faire la leçon au soleil.

Entre les murs de Laurent Cantet (2008)

Dans la cour de ce lycée parisien, pas de chamailleries enfantines. Les élèves sont posés en clan, assis par terre, écouteurs aux oreilles ou portables en main. Si c’est bien entre les murs de la classe de cours que se joue la lutte (verbale et parfois physique) entre le prof et ses élèves agités de 4ème, la cour prolonge ce combat. Quand l’enseignant incarné par François Bégaudeau fait irruption dans ce que les élèves considèrent comme leur espace, il est tout de suite vu comme un intrus. Mais, à la fin du film, c’est dans cette même cour que tout le monde se réconcilie à l’occasion d’un foot entre le prof et les élèves.

La belle personne de Christophe Honoré (2008)

Otto est amoureux de sa copine Junie, mais Junie n’a de véritable sentiment que pour Nemours, le prof d’italien ténébreux du lycée. Quand le jeune garçon réalise que Junie n’a d’yeux que pour le bel enseignant, il est désespéré et se tue. Dans cette adaptation moderne de La Princesse de Clèves, Christophe Honoré donne à la cour de récré de ce grand lycée parisien des allures d’arène mortifère, où le suicide devient une ultime déclaration d’amour publique.