Le samedi 2 juin, la Cinémathèque française proposait une Master class de Brian De Palma dans le cadre de la rétrospective intégrale consacrée au cinéaste américain jusqu’au 4 juillet.


Face à une salle comble qui venait d’assister à la projection d’Outrages (Casualties of War, sorti aux États-Unis en 1989), le réalisateur de 77 ans s’est livré avec franchise sur son cinéma. Il a d’abord expliqué son choix d’avoir fait projeter ce film : relatant des faits réels (le viol et le meurtre d’une jeune femme vietnamienne par des soldats américains à la fin de la guerre du Vietnam), cette tragédie mise en scène à la manière d’un cauchemar avait refroidi la Paramount : « Qui a envie de voir ça ? C’est déprimant, c’est épouvantable », s’est entendu dire le cinéaste qui sortait du triomphe des Incorruptibles. Outrages a finalement vu le jour grâce à la société de production de Michael J. Fox, qui tient le premier rôle du film, celui d’un jeune soldat idéaliste découvrant les horreurs commises par son pays. Brian De Palma fut alors pris après quelques minutes de cette Master class d’une intense émotion : évoquant la tristesse du film et les sentiments déchirants que lui procure à chaque fois la bande originale signée Ennio Morricone, le cinéaste a fondu en larmes. « C’est très difficile pour moi de revoir ce film ».

Encore hanté par le cauchemar vietnamien, Brian De Palma a dressé un parallèle avec la « folle » guerre d’Irak qui lui a valu de réaliser vingt ans plus tard Redacted (2007). Et a rappelé qu’il lui a fallu couper deux séquences d’Outrages à cause de « ce ridicule système hollywoodien qui organise des projections-tests dont il ne sort jamais rien de positif ». Les scènes en question montraient le harcèlement moral exercé par l’armée américaine sur le personnage de Michael J. Fox. Après être revenu sur son admiration pour Alfred Hitchcock, Brian De Palma a répondu à une question de Bernard Benoliel portant sur l’impuissance permanente de ses protagonistes, qui ne parviennent pas à agir efficacement sur leur environnement. Le cinéaste s’est alors lancé dans une analyse psychanalytique de son enfance, moment durant lequel il échoua à protéger son grand frère d’une famille tumultueuse. Cette incapacité à faire le bien malgré toutes les bonnes volontés du monde serait donc une des clés de son cinéma.

Après une évocation du succès critique de L’Impasse (1993) et du succès public de Mission Impossible (1996), Brian De Palma est aussi revenu sur l’expérience traumatisante que fut le tournage de Mission to Mars (2000), son dernier film hollywoodien en date. Alors qu’on lui demandait s’il a pris un plaisir particulier à faire ce film de science-fiction, il a répondu que « Tourner des scènes d’espace est horrible. Il faut costumer vos acteurs avec ces scaphandres puis les suspendre à des câbles, cela prend des heures ». S’il était intéressé par la dimension spirituelle du projet,  il est de notoriété publique que le réalisateur fut épuisé par les studios Disney qui le forcèrent à terminer le film dans la précipitation. Brian De Palma quitta ensuite les États-Unis et commença à travailler uniquement avec des studios indépendants.

Le cinéaste n’est pourtant pas « fini » comme il l’a dit en conclusion de cette Master class : il a récemment tourné Domino (avec Guy Pearce et Christina Hendricks), projet qui a rencontré des problèmes de production mais qui devrait sortir « un jour ». Et il écrit actuellement Predator, l’histoire d’un agresseur sexuel sévissant dans l’industrie du cinéma. Et pour se perdre à nouveau dans les flamboyants cauchemars De Palmiens, rien de tel que cette rétrospective de la Cinémathèque qui dure encore un mois.

Photo de couverture : Fred Teper


Rétrospective Brian de Palma
Du 31 mai au 4 juillet à la Cinémathèque Française