À travers les déambulations de ses personnages dans l’envoûtante mais oppressante Alger, Sofia Djama signe un premier long métrage dense, qui convoque les souvenirs encore douloureux d’un pays certes éreinté mais bien vivant.


Retour en 2008, peu après la fin de la «décennie noire» qui a opposé, entre 1991 et 2002, l’armée à plusieurs groupes islamistes. Amal et Samir (Nadia Kaci et Sami Bouajila), anciens militants pour la démocratie et contre le régime du président Chadli Bendjedid pendant les événements d’octobre 1988, débattent sur l’état de la société et sur leur avenir, tandis que leur fils, Fahim, rejoint ses amis Reda, qui trouve dans la religion un refuge spirituel, et Feriel (excellente Lyna Khoudri), une jeune femme hantée par l’assassinat de sa mère et sommée par son père de s’occuper du foyer, mais dont l’humour fuse malgré tout… Sofia Djama perce doucement les murs épais d’une société dans laquelle la surveillance est généralisée. De distante (la vision panoramique d’une ville quadrillée par du béton), la caméra se faufile progressivement dans les rues presque étouffantes d’Alger, des hauteurs de la ville investies par des adultes lassés aux caves souterraines enfumées que squattent de jeunes gens aux aspirations floues. La chimie opère dans ce portrait amoureux d’une ville aussi marquée par les cicatrices réelles (celle que porte Feriel à son cou, recouvert d’un foulard) que métaphoriques. Après la cicatrisation, la libération?


de Sofia Djama
Bac Films (1 h 42)
Sortie le 13 décembre