Pressenti pour décrocher la Palme d’or à Cannes par une partie de la critique, Une femme douce du cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa a sans doute gagné celle du « film auscultant l’âme russe à travers la lunette de la destinée individuelle », au coude à coude avec Faute d’amour d’Andreï Zviaguintsev et Tesnota. Une vie à l’étroit de Kantemir Balagov.


C’est à travers le regard de cette « femme douce », presque mutique, étrangère et résiliente aux événements tel l’idiot de Fiodor Dostoïevski (dont le réalisateur adapte ici une nouvelle fantastique), et son long périple pour retrouver son mari emprisonné que se déploie inlassablement le portrait d’une société malade, peuplée de monstres et de victimes portant tous les stigmates de l’arbitraire et de l’aliénation, empoisonnée par la rancœur et la misère morale. Le film, alors que Lynch entre sur les terres de Dostoïevski et que Kafka se fait opérer par Hitchcock, s’enfonce dans le cauchemar jusqu’à la fange. Il fallait bien un réalisateur aussi complet et complexe que Loznitsa pour y faire naître, in extremis, la fleur amère d’un appel à la bienveillance.


Une femme douce de Sergei Loznitsa
Haut et Court (2 h 23)
Sortie le 16 août