Mosellan exilé depuis trente ans, le documentariste Régis Sauder revient à Forbach pour renouer avec son passé et comprendre l’engouement de cette ancienne ville minière pour le Front national après sa percée à l’élection municipale de 2014.


La démarche du réalisateur (Nous, princesses de Clèves, Être là) s’inscrit dans la droite ligne de celles du sociologue Didier Eribon, dont l’essai Retour à Reims a aussi inspiré le titre du film, et de l’écrivaine Annie Ernaux, qui dans ses livres revient régulièrement sur son enfance dans un village normand. Comment parler de son milieu d’origine quand on l’a quitté, par honte et par désir d’accéder à d’autres possibles? Alarmé par le score de Florian Philippot à Forbach aux dernières municipales, Sauder a décidé d’y retourner, caméra au poing, assumant la position délicate du déserteur revenu constater les dégâts. Le réalisateur-narrateur filme sa maison d’enfance, pleine d’objets qui n’ont plus vraiment de sens pour lui; les rues de la ville, désertées par les commerçants ; les habitants, plus ou moins proches de lui. Formellement, il arrive au même résultat qu’Eribon et Ernaux : un hybride entre journal intime et essai sociologique, qui bouleverse – malgré une certaine distance, comme si Sauder cherchait à résister aux sirènes de la nostalgie – autant qu’il fait réfléchir. Enfermés dans le discours du « c’était mieux avant », la plupart des Forbachois interrogés semblent peiner à avancer, à dépasser le constat du malaise ambiant. Pour dégager son horizon, Sauder choisit lui de vider sa maison d’enfance et de la louer à une famille issue de l’immigration. Rien de moralisateur ou de démonstratif, juste un discret renvoi au fameux adage «le mouvement, c’est la vie ».


Retour à Forbach
de Régis Sauder
Docks66(1h18)
Sortie le 19 avril