Virginie Efira brille dans le troisième long métrage de la trop rare Emmanuelle Cuau, une œuvre âpre et poignante entre portrait de famille et polar.


Nathalie arrive à Paris avec ses deux fils, Paul et Bastien, qu’elle élève seule. Elle leur fait croire qu’elle travaille dans une bijouterie alors que le poste lui a échappé. Elle-même ignore que Paul, ado déboussolé, se livre à d’inquiétants trafics. Jusqu’où iront ces petits mensonges en famille? Six mois après Victoria, Virginie Efira, parfaite, campe de nouveau une femme au bord de la rupture, fragilisée par les connexions dangereuses entre vie personnelle et vie professionnelle. Mais alors que Justine Triet investissait le terrain de la comédie, Emmanuelle Cuau lorgne du côté du polar – avec un impeccable Gilbert Melki à la tête d’un gang de jeunes délinquants. La réalisatrice de Circuit Carole et de Très bien, merci filme à merveille les personnages en mouvement, les déplacements dans la ville (beaux plans de Paul aux aguets sur ses rollers). Avec un sens aigu de l’observation, et sans pathos, elle saisit le désarroi et le désordre générés par les violences de l’époque (précarité, argent roi). Un gamin de 7 ans attablé seul dans une brasserie, une mère qui triture nerveusement des jouets d’enfant : l’émotion, vraie, surgit à partir de détails, justes. Précision, élégance et sensibilité: ce n’est pas pour rien qu’Emmanuelle Cuau a fait de son héroïne une joaillière. Ses films sont en tout cas des plus précieux.

 

3 QUESTIONS À EMMANUELLE CUAU

Aviez-vous des modèles en tête pour ce personnage de mère inquiète mais debout ?
J’ai parlé à Virginie de Gloria de Cassavetes, ce personnage qui affronte la mafia avec un gamin – la coiffure de Nathalie est un petit hommage. Je lui ai aussi parlé d’une musique qui me bouleverse, La Moldau de Smetana, d’après le fleuve tchèque du même nom. J’aime ce qui coule, ce qui roule.

Vous filmez des êtres en mouvement, mais, à l’image, c’est une forme de limpidité qui domine…
Pour la photo, j’ai fait appel à Sabine Lancelin, dont j’apprécie le cadre  et la lumière, car elle sait poser les choses, alors que d’autres auraient voulu accompagner le mouvement du film en allant trop vite. Je voulais prendre le temps, et que la technique ne l’emporte pas sur l’humain.

Comme Très bien, merci, ce film témoigne des effets de la violence sociale sur l’individu.
Beaucoup de gens vont mal, et dans mes films j’essaie de comprendre pourquoi, en m’attachant à des détails souvent révélateurs de situations douloureuses. Je tenais aussi à aborder la question du pouvoir de l’argent. Je travaille d’ailleurs sur un nouveau scénario intitulé À découvert.


d’Emmanuelle Cuau
AdVitam(1h25)
Sortie le 29 mars