Dans ce documentaire en forme de mosaïque, l’Opéra de Paris est filmé comme un organisme vivant.


Jean-Stéphane Bron, qui a suivi la saison 2015-2016, propose une entraînante odyssée à Garnier et Bastille, où règnent la démesure (on assiste à un casting de taureaux), l’exaltation (ce jeune baryton russe qui n’en revient pas d’être là), l’effervescence (quand il faut remplacer en urgence un chanteur souffrant). Habitué aux sujets brûlants (Cleveland contre Wall Street), le cinéaste suisse aurait-il cette fois choisi un terrain neutre ? Pas sûr. De la grève des intermittents au débat sur le prix des places, les désaccords sont parfois majeurs. Si le patron de l’institution, Stéphane Lissner, est sur tous les fronts, la belle idée de Bron est d’accorder à chacun la même place: les artistes comme les artisans, Benjamin Millepied (alors directeur de la danse) comme les mille petites mains. La minute de silence postattentats de novembre vient sortir l’Opéra de sa bulle, tandis que, comme un antidote au désespoir, des écoliers issus de quartiers sensibles s’initient au violon – une scène vibrante au cœur d’une œuvre réellement chorale.


de Jean-Stéphane Bron
Les Films du Losange (1 h 50) Sortie le 5 avril