Après la douceur de Notre petite sœur (2015), l’heure est à la mélancolie pour Hirokazu Kore-eda, qui signe une œuvre émouvante sur la fin des illusions, doublée d’une nouvelle variation sur son thème favori : les liens familiaux.


Écrivain autrefois prometteur, Ryota (excellent Hiroshi Abe) gagne tant bien que mal sa vie en tant que détective privé. Mais les séquences de filature, dans la première partie du film, se révèlent vite une fausse piste pour un spectateur qui en déduirait que le réalisateur japonais a viré auteur de polar. Car au-delà de son gagne-pain peu glorieux, Ryota est surtout un père qui aimerait regagner l’affection de son fils de 11 ans et reconquérir son ex-épouse, qui lui reproche d’être immature et accro au jeu. Une réconciliation qui comblerait la mère de Ryota, la fantasque Yoshiko (Kirin Kiki, actrice fétiche du cinéaste). Elle pourrait survenir à la faveur de l’arrivée d’un typhon qui oblige cette famille disloquée à cohabiter dans le modeste appartement de Yoshiko. En réunissant dans une cité HLM des personnages rongés par les désillusions ou la rancœur, Kore-eda signe une œuvre moins aimable que Notre petite sœur ; et une peinture des relations familiales plus ingrate visuellement que le solaire Still Walking (2009). Pourtant, Ryota, grand enfant et père défaillant, est filmé avec la même délicatesse que Keiko, la mère qui abandonnait sa progéniture dans Nobody Knows (2004), l’un des plus célèbres films du Japonais. Cette bienveillance s’accompagne d’un sens de l’ironie – voire de la cruauté – rarement aussi aigu chez le cinéaste, comme lorsque Shinoda confie à son fils qu’elle préfère renoncer à toute vie sociale car « de nouveaux amis, à mon âge, ça veut dire davantage d’enterrements ». Après la tempête montre comment, face au deuil (d’un amour, d’une ambition, de l’innocence), chacun opère de petits arrangements avec la réalité. Le film est habité par une profonde mélancolie, celle qui pousse Yoshiko à voir dans un papillon l’âme de son défunt mari; celle qui conduit Ryota à acheter des billets de loterie parce que « c’est du rêve » ; celle qui nous envahit lorsqu’on entend une vieille rengaine à la radio. Le titre original du film, Umi yori mo mada fukakuplus profond que la mer»), est d’ailleurs tiré des paroles d’un tube nippon des années 1980.


de Hirokazu Kore-eda
Le Pacte (2h)
Sortie le 26 avril