Dans Visages Villages, Agnès Varda et le street-artist J.R. sillonnent les campagnes de France pour écouter les histoires des gens discrets. Petite parenthèse dans leur périple, une excursion en Suisse.


Varda, qui passe tout le film à demander à son compagnon de route de retirer ses lunettes noires, lui trouve une ressemblance avec Godard, à qui elle sommait aussi souvent d’enlever ses binocles fumées (notamment quand elle l’avait fait tourner avec Anna Karina dans une séquence célèbre de Cléo de 5 à 7 en 1962 intitulée Les fiancés du Pont MacDonald). Alors, la malicieuse réalisatrice décide d’emmener J.R à Rolle, en Suisse, pour le présenter à Godard. Sauf que, quand les deux compères arrivent devant sa propriété, ils tombent sur une porte close. Sur sa porte, JLG a écrit des mots (qu’on ne dévoilera pas ici) qui bouleversent Agnès parce qu’ils la ramènent à de vieux souvenirs. Au moment où l’émotion la prend et où elle semble vaciller, la caméra se rapproche immédiatement d’elle. C’est alors Mathieu Demy, le fils qu’elle a eu avec Jacques Demy, qui tient la caméra.

Pendant l’interview qu’on a faite avec les deux auteurs de Visages Villages, J.R. nous a dit qu’il pensait que ce mouvement de caméra en avant, comme un élan d’empathie, personne d’autre que le fils d’Agnès n’aurait pu le faire. Cette séquence assez troublante, c’est surtout un pan de l’histoire du cinéma qui se dévoile dans son intimité. C’est pour ça qu’elle restera longtemps, à coup sûr, dans la mémoire des cinéphiles.