Après le terrassant White God, le Hongrois Kornél Mundruczó met à nouveau le cinéma de genre au service d’une allégorie politique.Ici, l’Europe est vue comme un cauchemar décrépi à travers les yeux d’un migrant doté de super-pouvoirs. Thriller fantastique tendu, conte moral sur fond de crise de foi et brûlot politique sur la montée du fascisme en Europe, La Lune de Jupiter suit le parcours, dans une Hongrie crépusculaire, d’Aryan, immigré clandestin serbe soudainement doté du pouvoir de léviter. Dans de magnifiques séquences en apesanteur, le personnage plane tel un ange désolé et regarde littéralement le monde à l’envers. Ce miracle attire la convoitise d’un médecin déchu, bien décidé à en faire commerce. Déroutant, parfois casse-gueule, le film oscille périlleusement entre constat social (police mafieuse, repli identitaire, conflit de classe), discussion philosophique sur la religion et la morale, et de longues scènes d’action fébriles. On reste pourtant fasciné par la recherche formelle, l’envie d’en découdre autant avec le réel qu’avec le cinéma de ce film malade d’un monde qui ne tourne pas rond.


de Kornél Mundruczó
Pyramide (2h03)
Sortie le 22 novembre