Le Mexicain Guillermo del Toro livre une fable d’amour et d’humanité à la beauté confondante, couronnée d’un Lion d’or à Venise.


Guillermo del Toro le revendique à tour de bras : les monstres sont ses amis et ses sauveurs. De Mimic (1997) au Labyrinthe de Pan (2006), il a fait de cette figure emblématique du cinéma de genre sa formidable marque de fabrique. Et son dernier-né, La Forme de l’eau, ne contrevient pas à ses habitudes. Ici, l’intrigue se déroule dans le contexte paranoïaque de la guerre froide et s’intéresse au quotidien triste et ennuyeux d’Elisa – extraordinaire Sally Hawkins –, une femme de ménage muette travaillant dans un laboratoire gouvernemental. L’existence de la jeune femme bascule quand elle rencontre, dans un recoin caché du labo, un monstre amphibien sur lequel sont pratiquées de douloureuses expérimentations.

Aidé par la partition d’Alexandre Desplat, Guillermo del Toro magnifie l’amour liant ces deux marginaux dans une version moderne de La Belle et la Bête. Oscillant entre conte aux atours merveilleux et charge contre toutes les formes d’exclusion, le film étonne surtout par sa manière lascive de sexualiser la bête aquatique tout droit sortie du classique de Jack Arnold, L’Étrange Créature du lac noir (1955). Devant les étranges jeux sexuels qu’il filme entre les deux héros, on découvre soudain la dimension charnelle du cinéma de Guillermo del Toro.


: de Guillermo del Toro
20th Century Fox (2 h 03)
Sortie le 21 février