Attendu au tournant, ce premier film dérivé de l’ancienne franchise de George Lucas risque de faire souffler sur lui le chaud et le froid. D’abord mal embarqué, "Rogue one : A Star Wars Story" parvient néanmoins in extremis à exprimer sa pleine puissance.


Avec le rachat il y a quelques années de la franchise Star Wars et l’annonce dans la foulée d’une tripotée d’épisodes et de spin-off, Disney a fait entendre à tous les wonder boys d’Hollywood que s’offrait à eux un inestimable coffre à jouets. Mais le studio démontra aussi d’emblée qu’il ne se risquerait pas à l’abandonner entre de mauvaises mains : ainsi du triste sort de Josh Trank, rapidement expulsé du projet Boba Fett après ses errements sur le tournage des 4 Fantastiques. Malgré le succès de son remake de Godzilla, Gareth Edwards savait donc plus ou moins à quoi s’en tenir au moment d’assumer les commandes de Rogue One : A Star Wars Story, première œuvre de la franchise censée se dérouler en périphérie de la saga originale. Mais entre les annonces de reshoots et le départ puis le remplacement à la dernière minute du compositeur Alexandre Desplat par Michael Giacchino, le film débarque sur nos écrans avec une aura fébrile, à l’exact opposé de la souveraineté tranquille du Réveil de la Force de J.J. Abrams. À l’arrivée, le bilan est un peu mitigé, la faute à une première partie qui souffre globalement de devoir recommencer sur de nouveaux frais – nouvelle héroïne, nouvelle histoire de famille – et ne parvient jamais vraiment à donner une consistance émotionnelle à son intrigue. Heureusement, Gareth Edwards n’en reste pas là et réussit à donner un stupéfiant second souffle à son récit, dans une dernière partie qui profite d’une mission suicide pour regonfler idéalement les voiles de sa mise en scène. Chevillé au destin tragique de sa petite troupe cosmopolite, Rogue One finit même par trouver des inspirations extraordinaires, notamment dans cette manière de faire tomber ses rebelles anonymes dans le feu de l’action comme s’il s’agissait de pauvres dominos. Un côté « rien à perdre » offrant à Rogue One quelques moments de bravoure saisissants, et qui permet à Disney de se sortir sans trop d’encombres de ce premier Star Wars orphelin des Skywalker.


Rogue One : A Star Wars Story
de Gareth Edwards, 2h14, The Walt Disney Company France, sortie le 14 décembre