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Karley Sciortino : rencontre décomplexée avec la scénariste de Now Apocalypse

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Karley Sciortino a coécrit la série Now Apocalypse, la nouvelle série stoner et sexy de Gregg Araki. Chroniqueuse sexe pour Vogue, créatrice de la websérie Slutever, elle a exploré tous les mystères de la libido. On l’a rencontrée pour comprendre de quelle manière son féminisme conquérant a renouvelé l’univers trash et déluré de l’auteur de Nowhere et Kaboom.

Comment avez-vous découvert l’œuvre de Gregg Araki ?
J’avais 20 ans quand j’ai vu Nowhere et Doom Generation, et ils m’ont immédiatement obsédée. Ses films réprésentent la sexualité d’une façon inédite, avec des rôles de femmes très affirmées et ouvertes dans leur désir, avec une vraie marge de pouvoir. Beaucoup de ses personnages masculins sont aussi bisexuels, c’est assez rare même encore aujourd’hui dans la fiction. Toutes cela a une influence majeure sur moi quand j’ai commencé à tenir mon blog. Travailler avec lui, c’est un rêve incroyable : il est à la fois doux et drôle, exactement comme on l’imagine.

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Sur votre blog comme dans vos chroniques, vous traitez de beaucoup de sujets peu médiatisés, avec un angle à la fois trash et ludique. Comment avez-vous réinvesti ces travaux pour élaborer Now Apocalypse ?
Toutes mes recherches autour de la sexualité pour mon blog et ma websérie ont nourri le projet, mais je me suis aussi inspirée de ma propre expérience. C’était hyper excitant de pouvoir créer des personnages qui soient un mélange de fiction et d’éléments réels. Par exemple, comme Severine et Ford, j’ai vécu des relations ouvertes, donc j’ai pu introduire dans leur histoire ce que je connaissais de la jalousie dans ce type de lien amoureux.

Karley Sciortino dans une publicité pour la marque de vêtements Iceberg. Capture d’écran Youtube

Vous travaillez beaucoup à déconstruire les stéréotypes autour de tous types de sexualité. Est-ce dans cette perspective que vous avez écrit les personnages de Now Apocalypse, qui incarnent tous une sensibilité sexuelle différente ?
J’essaye toujours de mieux faire comprendre les sexualités considérées comme  « minoritaires » ou « étranges ». Les personnages de fiction, surtout à la télévision, sont des outils formidables pour toucher les spectateurs. Les personnages de Now Apocalypse ont des sexualités qui pourraient être intimidantes ou déconcertantes pour certains. Le but, c’est qu’ils changent de point de vue parce qu’ils s’identifient aux héros. Prenez l’exemple de Carly : c’est une camgirl à temps partiel qui travaille aussi à devenir actrice. D’habitude, les femmes qui évoluent dans l’industrie du sexe sont associées à des stéréotypes négatifs : elles sont présentées comme des victimes, comme si c’était une tragédie de travailler dans ce milieu. Carly subvertit complètement ce schéma narratif : dans son travail elle acquiert une confiance qui la porte jusque dans ses relations personnelles.

Dans cette optique, l’intitulé même de votre blog Slutever apparaît comme une réappropriation positive de l’insulte sexiste « slut ».
Malheureusement, on vit dans une société qui pratique encore le slut-shaming [le fait de culpabiliser ou disqualifier les femmes dont la sexualité est jugée provoquante, hors-norme]. Alors que l’empowerment propre à ce mot est énorme. Dans mon livre [Slutever, Blackstone Pub, 2018 ndlr] je préfère dire qu’une « salope » c’est une femme qui a des rapports sexuels avec qui elle veut sans en avoir honte. Il y a toujours quelque chose de transgressif, de mystérieux et d’un peu provocateur dans le fait d’être une salope, mais la transgression est aussi une chose positive. Si nous arrivons à nous réapproprier ce mot, son pouvoir de nuisance sur les femmes sera réduit.

Vous êtes très active sur Instagram, vous tenez un blog qui est devenu une websérie sur Vice. Internet et les réseaux sociaux ont permis de libérer la parole selon vous ?
Ce qui m’intéresse avec les réseaux sociaux, c’est qu’ils humanisent. Par exemple, ça fait des années qu’on nous dit qu’avoir des formes, c’est sexy, qu’il n’y a pas besoin de faire une taille 0 pour être attirante. Mais ça reste une idée abstraite. Alors qu’en voyant des femmes pulpeuses s’afficher personnellement sur Instagram, partager leurs ressentis, vous avez accès à quelque chose de plus confidentiel. C’est une intimité que vous n’obtiendrez pas en lisant les magazines qui prônent le body positive. C’est plus facile de laisser les gens expliquer en temps réel comment ils s’acceptent tels qu’ils sont.

Now Apocalypse, saison 1 disponible sur Starz.
Crédit photo image d’ouverture: Capture d’écran Youtube

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