Malgré son look de dandy sympathique, sa mèche bien travaillée, ses yeux malicieux et son sourire juvénile, Joseph Gordon-Levitt (Inception, Looper) cherche à bousculer son image de premier de la classe dans sa première réalisation, Don Jon, un film cru qui interroge notre rapport à la pornographie.


Éclectique et exigeant dans ses choix, Joseph Gordon-Levitt a construit sa carrière sur son charme indéniable. Poussant le bon goût jusqu’à pratiquer un français impeccable, qu’il ne manque pas d’exercer à chaque interview à Paris, l’acteur pérennise le fantasme d’un Hollywood à l’européenne. Pourtant, pour son premier passage derrière la caméra, ce jeune homme bien sous tous rapports a décidé de se lancer dans une comédie sexuelle sur l’effet de la pornographie dans les rapports entre hommes et femmes. Déconcertant ? « Je revendique le droit de faire des films qui divisent », se défend cet admirateur du cinéma des frères Coen et des comédies de mœurs des années 1970. Il a construit Don Jon comme « une farce qu’il faudrait prendre au sérieux ». Son film est une comédie romantique écrite et filmée « du point de vue du mâle américain moyen », archétype qu’il interprète avec bagou. À mille lieux du personnage d’amoureux propret éconduit qu’il incarnait dans (500) jours ensemble (2009), il arbore ici des cheveux courts et un débardeur laissant apparaître ses muscles saillants, un rôle en forme de contre-emploi salvateur. Acteur depuis l’âge de 7 ans, passé notamment par des séries à succès comme That’s 70’s Show ou Troisième planète après le soleil, le jeune homme de 32 ans possède déjà une carrière conséquente. Révélé en 2005 par son interprétation d’un adolescent prostitué dans Mysterious Skin de Gregg Araki, le comédien n’a eu de cesse depuis de gravir les échelons du cinéma grand public, jusqu’à tenir l’un des rôles clés du dernier Batman de Christopher Nolan (The Dark Knight Rises, 2012). Il sera prochainement à l’affiche d’un autre blockbuster, Sin City : j’ai tué pour elle de Frank Miller et Robert Rodriguez.

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Avec Lincoln, sorti en 2012, Gordon-Levitt a réalisé un rêve d’enfant : tourner avec Steven Spielberg. Très impressionné par le savoir-faire du maître, il dit avoir observé chaque minute du tournage comme une leçon à retenir. Pourtant, Don Jon s’éloigne franchement des stéréotypes du cinéma hollywoodien. Montage très rapide, profusion de sons, surgissements pornographiques, le film ne lésine pas sur les effets chocs. Mais, bienséance et rentabilité obligent, il ne franchit jamais la ligne jaune. Gordon-Levitt voit dans le héros de son Don Jon une version modernisée, « à la fois pathétique et touchante », du Dom Juan de Molière. Si la pornographie est au cœur du film, le jeune réalisateur n’a pas pour ambition de questionner l’addiction et le sexe, mais plutôt d’explorer la frontière entre le fantasme et la réalité : « On demande aux hommes d’être super virils, aux femmes d’être super féminines, à tous d’être immédiatement performants et d’être toujours à la hauteur. Mon film, c’est l’histoire d’un type qui se libère du carcan dans lequel on a voulu le mettre. Parfois, on prend les gens pour des objets et on voudrait les faire rentrer de force dans des cases. » Quand on lui demande alors s’il a parfois l’impression d’être lui aussi enfermé dans une case, l’acteur botte en touche et préfère célébrer la liberté de ton. « On pense trop de manière binaire aujourd’hui. Cela étonne tout le monde quand je dis que Don Jon est un film grand public. Mais quoi de plus grand public qu’un film qui parle de la culture qui nous entoure ? Si le film réussit à bousculer un peu les idées préconçues, tant mieux. Mais au départ, je vise le divertissement.C’est le meilleur moyen de toucher les gens. » Pourtant, difficile d’imaginer un tel projet sans l’aura de cette jeune star, et celle de Scarlett Johansson avec qui Gordon-Levitt partage l’affiche. Bien conscient des limites de son film, il n’a d’ailleurs pas hésité à faire appel aux réseaux sociaux pour créer l’engouement à grand renfort de photos sulfureuses et d’interviews en forme de jeux de rôle. Scénariste, réalisateur et interprète, mais aussi musicien à ses heures perdues, il est également très investi dans la plateforme en ligne HitRecord, maison de production collaborative qu’il a créée en 2004. Quand on compare ce touche-à-tout à un autre ultraproductif, James Franco, il éclate de rire : « C’est sûr que James et moi, on ne doit pas beaucoup dormir. Je pense qu’on aime la culture pop par-dessus tout. Aujourd’hui, elle est partout. Si on lui donne des limites, elle n’a plus de sens. C’est à nous de la réinventer en permanence. Je ne crois pas que la curiosité soit aujourd’hui un si vilain défaut. »


Don Jon
de Joseph Gordon-Levitt (1h30)
avec Joseph Gordon-Levitt, Scarlett Johansson…
sortie le 25 décembre