Caméra d’or à Cannes, le premier film de Léonor Serraille croque le portrait de Paula, une jeune femme sous influence (façon John Cassavetes) incarnée par l’ébouriffante Laetitia Dosch.


Abandonnée dans les rues de Paris, Paula a tout perdu: son amour (un célèbre photographe qui vient de la congédier sèchement), son appartement (propriété dudit photographe), ses parents (« perdus de vue »). Et, peut-être aussi, la boule. Quand Paula ne soliloque pas, elle invective des inconnus dans le métro et défonce les portes à coups de tête. Mais la néotrentenaire aux yeux vairons ne se laisse pas totalement aller non plus. Parce qu’elle est « quelqu’un qui s’adapte », l’ancienne muse passive va regarder en face l’angoissante page blanche qu’est devenue sa vie, à sa manière borderline: au hasard  des rencontres, sans peur de l’inconnu ni du ridicule. Paula se pose ainsi en héritière des héroïnes du cinéma américain indépendant des années 1970 telles que Barbara Loden, dans son film Wanda, ou Gena Rowlands, dans Une femme sous influence de John Cassavetes. Courageuse et incontrôlable, elle bute contre les conventions absurdes de la société – souvent de manière comique. Dans le costume tragicomique de cette femme mi-enfant, mi-tornade électrique, Laetitia Dosch brille d’un bel éclat bipolaire. L’actrice aimante la caméra tremblée de Serraille, slalome entre les jump cuts et les ellipses, imprévisible.


de Léonor Serraille
Shellac (1 h 37)
Sortie le 1er novembre