Sur la scène des Folies Bergère, il mêle danse, musique, vidéos et créations de mode démentes pour raconter son parcours dans un spectacle euphorisant. On y revit le Londres punk, le Paris du Palace, les défilés mythiques, mais aussi les rêves d’enfance et l’amour perdu. Jean Paul Gaultier a répondu à notre questionnaire cinéphile.


3 films qui vous ont donné envie de faire de la mode ?
Il y a très peu de films réussis sur la mode et pourtant je dois ma vocation à un film, Falbalas de Jacques Becker (1944), avec Micheline Presle. Je l’ai vu à la télévision avec ma grand-mère, et nous avons fini en larmes. J’ai eu un coup de cœur pour le moment du défilé, qui correspond à ma vision de la mode, quelque chose qui reste toujours dans le mouvement, un spectacle – jamais juste un vêtement sur un cintre. La fille de Micheline Presle, Tonie Marshall, a cosigné la mise en scène de mon spectacle, et Micheline Presle y joue le rôle de ma grand-mère dans une vidéo. Jacques Becker était ami avec le couturier Marcel Rochas, et la description de ce qu’est une maison de couture parisienne est très proche de la réalité. Quand j’ai commencé à travailler chez Jean Patou, je me disais tout le temps : « C’est comme dans Falbalas ! » Ensuite, Qui êtes-vous Polly Maggoo ? de William Klein (1966) montre la mode d’une façon drôle et parfois ironique… La rédactrice de mode qui annonce la mort de la haute couture me fait toujours rire. Enfin, Blow Up de Michelangelo Antonioni (1967), pour la scène d’anthologie où le photographe fait presque l’amour à son sujet. C’est une des plus belles scènes d’amour au cinéma.

L’acteur ou actrice qui vous faisait fantasmer à 13 ans ?
À 13 ans pas trop, mais à 16 ans j’étais amoureux de Leonard Whiting et d’Olivia Hussey, qui interprétaient Roméo et Juliette dans le film de Franco Zeffirelli. Après, d’autres comédiens et comédiennes m’ont troublé, comme Catherine Deneuve bien sûr, par exemple dans Belle de jour de Luis Buñuel.

Vos 3 films de freaks préférés ?
Évidemment Freaks de Tod Browning. Ce film de 1932 est encore aujourd’hui d’une modernité absolue, touchant et dur. The Rocky Horror Picture Show, avec Riff Raff et Dr Frank-n-Furter, est pour moi une autre preuve que le freak, c’est chic… Et il est cité dans mon spectacle. Et Pink Flamingos de John Waters, avec Divine, est un film inoubliable.

3 films qui reflètent l’esprit des Folies Bergère ?
Il y a eu quelques films faits dans et sur le lieu, comme L’Homme des Folies Bergère avec Maurice Chevalier en 1935 ou Folies-Bergère par Henri Decoin en 1957, avec Eddie Constantine  et Zizi Jeanmaire. Mais, curieusement, le film qui exprime le mieux l’esprit des Folies est Moulin Rouge de Baz Luhrmann. Une telle reproduction de l’esprit de la Belle Époque avec la musique d’aujourd’hui, je trouve que c’est le meilleur film sur la revue.

La comédie qui vous console de tout au bout de 3 minutes ?
Cry-Baby de John Waters – encore lui ! – me réjouit toujours.


« Fashion Freak Show »,
jusqu’au 31 décembre aux Folies Bergère