Tête d’affiche ce mois-ci de La Vie de Château, Jacky Ido n’est pas encore très identifié en France, malgré ses rôles chez Quentin Tarantino ou dans la série américaine The Catch. L’acteur franco-burkinabè s’est plutôt fait un nom à l’étranger, fort d’un tempérament hyperactif et d’une débordante curiosité.


Contrairement à ce que suggère la terrasse de café ensoleillée depuis laquelle il nous contacte par Skype, décontracté et souriant, Jacky Ido ne flemmarde pas: il sue depuis des jours sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. « C’est un rêve de gosse, je prévoyais ça pour mes 40 ans. » Né au Burkina Faso – qui s’appelait alors Haute-Volta –, il a grandi entre ce pays et Stains, en Seine-Saint-Denis. « On vivait en Haute-Volta au moment du coup d’État de Thomas Sankara. Le pays était en ébullition, ça se ressentait partout. » Quand il a 11 ans, sa famille s’installe définitivement à Stains. « On habitait dans une des cités les plus cosmopolites de France. On voyageait déjà aux quatre coins du monde sans bouger de notre petite forteresse. » Ses parents l’immergent dans le cinéma, ce qui achève de l’ouvrir au monde, entre sa mère fana de Bollywood et la collection de films d’auteur de son père, truffée de Hitchcock ou de Verneuil. Le petit Jacky multiplie les passions: la lecture et  l’écriture acharnées, puis la réalisation, qu’il apprend sur le tas. Il se lance aussi dans le basket (« Je me contentais de très peu d’heures de sommeil à l’époque… ») avec deux autres gamins du quartier, Fabien et Sami. Des années plus tard, préparant un documentaire sur l’oralité pour sa maîtrise à Paris VIII, il s’immerge dans la scène slam avec eux. Après un pari perdu, le voilà lui-même sur scène, à poser un texte. Son succès convainc les trois amis de se lancer après s’être trouvé des pseudos pour se marrer: John Pucc’ Chocolat pour Jacky, le Comte de Bouderbala pour Sami, et Grand Corps Malade pour Fabien.

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CINÉMONDE

S’il touche à tout (« Notre nom de famille, c’est “I do” [« Je fais » en anglais, ndlr], mon père disait qu’il faut être dans l’action tout le temps »), Jacky Ido garde le cinéma au centre. Après avoir joué dans des films autoproduits, il décroche en 2005 un rôle dans le long métrage La Massaï blanche de Hermine Huntgeburth, inédit en France mais énorme succès en Allemagne. « Je me suis initié à l’allemand, à la langue des Massaï et  au kiswahili. J’adore apprendre des langues, surtout pour les beaux rôles qu’on m’offre à l’étranger. » En France, les propositions sont rares. « Il y a un problème de fond ici. On pense que le public n’est pas prêt à s’identifier à des personnages noirs. Mais s’il peut aller voir Denzel Washington, il peut aller voir Jacky Ido. C’est à l’institution de se désenclaver. » En 2009, il tourne pour Quentin Tarantino dans Inglorious Basterds. Le rêve de gosse vire au cauchemar: mal dirigé en français par l’Américain, qui ne comprend ni ne parle la langue, son jeu sonne faux et ébranle sa carrière. « Mon agent m’a dit que l’industrie n’avait pas aimé ma prestation et que j’allais devoir recommencer à zéro. On aime tellement Tarantino qu’on se dit que ça ne peut pas être sa faute… » Il rebondit en Allemagne (De l’autre côté du mur de Christian Schwochow, 2014) et grâce au soutien de deux Français: Claude Lelouch, qui lui confie des petits rôles dans Ces amours-là (2010) et Salaud, on t’aime (2014), et Luc Besson, qui le propulse dans le rôle principal de la série franco-américaine  Taxi Brooklyn, adaptée de sa franchise Taxi et diffusée en 2014 sur NBC et TF1. Naviguant aujourd’hui entre les États-Unis et Saint-Ouen, Jacky Ido a retrouvé « la famille » avec La Vie de château, vaudevillesque premier film coréalisé par son frère Cédric et leur ami Modi Barry. Avec une retenue qui contraste avec sa carrure imposante, il campe un rabatteur de salon de coiffure afro dans le quartier de Château-d’Eau. Alors que la série d’ABC The Catch, dans laquelle il jouait un agent du F.B.I. depuis deux saisons, vient de s’achever, il nous confie que, après une halte à Bordeaux sur le chemin de Compostelle pour voir ses deux fils, il a repris la plume, lui qui a vu son projet de premier long métrage avorter il y a une dizaine d’années. On commençait à s’en douter: Jacky Ido fuit l’inertie à toutes jambes.


« La Vie de château »
de Modi Barry et Cédric Ido Happiness (1h21)
Sortie le 9 août