Satire cinglante de l’ultralibéralisme, le nouveau film de Benoît Delépine et Gustave Kervern imagine Jean Dujardin en rêveur lunaire obsédé par la réussite. Plus encore qu’une comédie politique, une déclaration d’amour à tous les laissés-pour-compte.


Retrouvant plusieurs de ses thèmes de prédilection (comme la question des solidarités alternatives à l’heure du libéralisme triomphant), le duo grolandais Delépine-Kervern trouve pourtant un nouveau souffle avec cette comédie atypique. Visiblement inspirés par l’ère macronienne, les cinéastes narrent l’histoire d’une femme (Yolande Moreau) qui dirige une communauté Emmaüs et voit soudain débarquer son frère (Jean Dujardin), drôle d’énergumène disparu depuis des années mais désormais obsédé par la richesse. Pour l’atteindre, il souhaite développer la chirurgie esthétique low cost afin de « rendre les petites gens beaux ».

Ce simple postulat engendre des situations décapantes qui voient un Dujardin en peignoir passer son temps à tenter de débusquer des clients. À travers l’absurdité de ce personnage qui énonce mécaniquement des maximes ultralibérales, le film soutient l’idée que, face à l’individualisme tout-puissant, 
un autre humanisme est possible. Une profonde tendresse pour les cabossés et les déclassés de la République se déploie ainsi vigoureusement, appuyée par un goût de l’imprévu et du contrepied, qu’ils soient narratifs ou esthétiques – filmant par exemple l’architecture libre et colorée d’un authentique village Emmaüs, cette fable sociale fait tout pour surprendre et échapper au formatage comique. Et le duo de cinéastes d’adresser jusque dans la dernière séquence un vivifiant pied de nez au mythe du self-made-man pour mieux célébrer le compagnonnage, la différence et la marge.


: de Benoît Delépine et Gustave Kervern
Ad Vitam (1 h 43)
Sortie le 26 septembre