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Cinéma

Hosoda et les autres

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1 – Le studio Tei
Mamoru Hosoda ne s’en est jamais caché : quand il réalise un film, il pense au public cible et aux moyens de susciter l’identification. De même que La Traversée du temps était conçu pour parler aux lycéens, Miraï s’adresse aux enfants (Kun, le héros, est âgé de 4 ans) autant qu’à leurs parents (qui payent les tickets de cinéma). Au Japon, le long métrage a ainsi été marketé comme un film de vacances destiné aux familles. Cette conscience aiguë des règles de l’industrie, qui peut sembler paradoxale pour un « auteur », Hosoda la doit à sa formation au sein du puissant studio Tōei. Recruté comme animateur en 1991, il a fait ses armes sur des séries blockbusters (Dragon Ball Z, Sailor Moon) avant de passer à la réalisation de commandes pour le jeune public (Digimon, One Piece). Après quatorze ans chez Tōei, il plie bagage pour mener à bien ses projets personnels (La Traversée du temps, Summer Wars, Les Enfants loups. Ame & Yuki, Le Garçon et la Bête) sans pour autant tourner le dos au sacro-saint principe de divertissement. Il a même conservé certains codes graphiques populaires, comme les vifs changements d’expression propres aux mangas comiques : joues qui rougissent, yeux qui prennent de drôles de formes… que l’on retrouve encore dans Miraï. Ma petite sœur.

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One Piece, Le baron Omatsuri et l’Île secrète de Mamoru Hosoda (2005)


2 – Hayao Miyazaki
Depuis que le maestro du studio Ghibli a annoncé en 2013 sa retraite (reportée depuis), l’industrie du cinéma japonais et les journalistes du monde entier se posent la question : qui sera le nouveau Miyazaki ? Mamoru Hosoda arrive en tête des pronostics tant leurs préoccupations sont proches (spiritualité animiste, poésie graphique, humanisme), comme leur capacité à émerveiller les foules. Pour Hosoda, le rapport à cet aîné ombrageux est plus complexe. Il a été évincé du tournage du Château ambulant, car sa vision ne respectait pas le cahier des charges imposé par Ghibli… Miyazaki finira par le réaliser lui-même, avec la réussite que l’on sait – c’est le deuxième plus grand succès du studio au box-office mondial (235 millions de dollars). Cet épisode convaincra Hosoda de fonder le studio Chizu pour produire ses films sans pressions extérieures. Pourtant, Miraï n’échappe pas à la comparaison avec Mon voisin Totoro, le plus célèbre animé sur l’enfance (dont l’héroïne a, elle aussi, 4 ans). Hosoda a même étudié le story-board de Miyazaki pendant l’écriture du film… Pas facile de tuer le père quand c’est un tel génie. En salles le 2 janvier, le documentaire Never Ending Man de Kaku Arakawa se penche d’ailleurs sur le cas Miyazaki et sa position d’indéboulonnable monument de l’animation japonaise : deux ans après avoir annoncé sa retraite, le septuagénaire se lance dans la préparation d’un nouveau projet, Boro la chenille, aux côtés d’une équipe de jeunes animateurs 3D qu’il vampirise complètement et à qui il ne semble décidément pas prêt à laisser sa place.

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Mon voisin Totoro de Hayao Miyazaki (1999)


3 – Isao Takahata
Mamoru Hosoda est moins réservé quand il 
s’agit de rendre hommage à l’autre monstre sacré du manga animé, cofondateur du studio Ghibli. Peut-être parce qu’il est plus délicat de rapprocher leurs styles, Takahata s’étant démarqué par ses changements constants de traits et de techniques, du Tombeau des lucioles à Mes voisins les Yamada. La projection de Miraï à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes a pourtant constitué, selon Hosoda, un passage de relais, quatre ans après la sélection du Conte de la princesse Kaguya, dernier chef-d’œuvre de Takahata (décédé en avril dernier). C’est grâce aux dessins animés de celui-ci, qui ont bercé son enfance (notamment sa série Anne. La maison aux pignons verts), que Hosoda a découvert la magie de la mise en scène ; c’est aussi à lui qu’il aurait aimé montrer les premières images de Miraï. Surtout, il partage avec ce mentor une même conception de l’animation comme moyen d’exprimer le réel. « Modifier à volonté l’expression des visages, gommer, recommencer à l’infini : jamais un acteur n’aurait la patience nécessaire », affirmait Takahata dans le dossier de presse du Tombeau des lucioles. L’impression grisante produite par la rencontre entre Kun et le bébé, dans l’une des plus belles scènes de Miraï, doit beaucoup à cette approche réaliste et perfectionniste.

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Le Conte de la princesse Kaguya de Isao Takahata (2014)


4 – Satoshi Kon
C’est un peu le même effet que pour Miyazaki, à savoir la persistance rétinienne d’une grammaire connue : dès qu’il y a, dans un manga animé, continuité entre le réel et l’imaginaire, dès que le rêve devient aussi tangible que les perceptions d’éveil, on pense au regretté Satoshi Kon, réalisateur de Perfect Blue et de Paprika, décédé en 2010. Toute l’œuvre de Hosoda s’inscrit dans cette continuité, y compris Miraï, dans lequel le petit Kun, jaloux de cette sœur qui vient de naître et accapare l’attention de ses parents, se réfugie dans des dimensions parallèles aux codes étranges – le chien est un prince, les enfants volent, le grand-père décédé fait de la moto… C’est également au sein du studio Madhouse, qui hébergeait Satoshi Kon, que Hosoda a réalisé ses premiers films d’auteur, La Traversée du temps (adapté du romancier Yasutaka Tsutsui, tout comme Paprika) et Summer Wars. Mais la filiation s’arrête là, tant la douceur et l’optimisme de Hosoda tranchent avec le nihilisme cauchemardesque des longs métrages de Kon, réservé aux adultes consentants (et aux amateurs de David Lynch). Et si le nom de Hosoda a été avancé pour reprendre Yume miru kikai, le film inachevé de Kon, la production n’a pas donné suite, jugeant leurs personnalités trop différentes et craignant de perdre l’esprit original.

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Paprika de Satoshi Kon (2006)


5 – Makoto Shinkai
Au jeu du « qui sera le prochain Miyazaki ? », Hosoda a un concurrent sérieux : Makoto Shinkai. Sorti en 2016, son film Your Name s’est imposé comme le plus gros succès mondial de l’animation japonaise (près de 360 millions de dollars), dépassant le record historique du Voyage de Chihiro (290 millions de dollars). Comme Hosoda, il exploite à fond les nouvelles technologies numériques et revendique son indépendance par rapport aux majors. Shinkai est même un cas extrême de control freak : sur 5 centimètres par seconde, il était crédité en tant que réalisateur, producteur, chef opérateur, scénariste, monteur, programmateur 3D et ingénieur du son. Shinkai et Hosoda ont aussi en commun un goût pour le mélange entre drame et comédie, ainsi qu’une obsession pour les voyages dans le temps. C’est une thématique centrale de La Traversée du temps comme de Your Name, et maintenant de Miraï, dans lequel le héros rencontre son grand-père jeune, sa mère adolescente et sa petite sœur devenue grande, afin d’accepter sa place dans la filiation. Preuve que cette nouvelle génération regarde l’avenir (c’est le sens du mot « miraï » en japonais) sans pour autant oublier les leçons du passé.

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Your Name de Makoto Shinkai (2016)

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