Dans le hameau italien de l’Inviolata, un groupe de paysans inféodés à une marquise qui gère une fructueuse plantation de tabac vivent dans des conditions extrêmement modestes. Parmi eux, Lazzaro, garçon à la naïveté presque christique, se lie d’amitié avec l’oisif fils de la propriétaire. Ce début de fable – impossible à dater, même si elle rappelle l’Italie des années 1950 dépeinte par Fellini – prend un tour surréaliste quand l’empire du tabac s’effondre et que Lazzaro tombe accidentellement d’une falaise. Mais qui ne ressuscite pas ne s’appelle pas Lazare. À son réveil miraculeux, vingt ans plus tard, le jeune homme découvre une Italie plongée dans la brutalité de l’exode rural post-fascisme. La déchéance des nobles de l’Inviolata et la misère de leurs anciens serfs disent la violence d’une Italie qui n’y croit plus. Alice Rohrwacher (Les Merveilles, 2014) dépeint la disparition d’un mode de vie simple – filmé en 16 mm – et de valeurs comme l’entraide. C’est à travers les yeux de son héros biblique, arrimé à la beauté, qu’Heureux comme Lazzaro, Prix du scénario à Cannes, trouve son souffle. Tantôt épique, tantôt grinçant.


d’Alice Rohrwacher
Ad Vitam (2 h 07)
Sortie le 7 novembre