Ce faux documentaire consacré à un chanteur imaginaire fut l’une des réjouissantes surprises de la Semaine de la critique à Cannes cette année. Alex Lutz s’y impose comme un réalisateur ingénieux et un acteur génial.


La transformation physique la plus extrême permet parfois d’atteindre une troublante vérité. Alex Lutz l’a démontré en se travestissant en femme dans les sketches de Catherine et Liliane qui l’ont rendu célèbre. Il le prouve aujourd’hui encore avec éclat, sur grand écran et dans un registre plus mélancolique, en incarnant le héros de son deuxième long métrage. Guy est un chanteur de variété qui fut une star à une époque où l’on parlait plutôt de vedette. À 74 ans, il accepte la proposition d’un jeune journaliste qui souhaite réaliser son portrait à l’occasion d’une énième tournée et de la sortie d’un album de reprises. Le film prend donc habilement la forme du « documenteur », avec un sens du détail et une empathie qui l’empêchent de tomber dans le mielleux ou le fielleux. Les confidences lucides de Guy sur le temps qui passe résonnent avec d’autant plus de force qu’il ignore que son intervieweur pourrait être son fils caché. À l’hommage au métier de chanteur envisagé comme un artisanat s’ajoute ainsi, en parfaite harmonie, une dimension de thriller intime, car, comme Resnais, Lutz connaît la chanson. Il sait que les airs de variété sont des capsules temporelles qui nous touchent en plein cœur.


: d’Alex Lutz
Apollo Films (1 h 41)
Sortie le 29 août