Avec cette virée nocturne et trash, Josh et Benny Safdie achèvent le tournant stylistique entamé avec le déchirant Mad Love in New York (2016). Ils dosent ici parfaitement brutalité et émotion pour orchestrer une puissante tragédie autour de deux frères, losers magnifiques.


Nick (Benny Safdie), déficient mental à l’allure de colosse, se laisse entraîner par sa petite frappe de frère Connie (excellent Robert Pattinson, tout en nerfs et en agilité) dans un braquage. Sauf que, par malchance, lui seul se fait coffrer par la police. Le temps d’une nuit haletante, Connie se démène pour le faire sortir de détention provisoire, puis de l’hôpital où il aurait été transféré… On a découvert les Safdie avec The Pleasure of Being Robbed (2009, uniquement signé par Josh) et Lenny and the Kids (2010, coréalisé par les deux frères), des longs métrages tendres piqués d’amertume, portés par des héros dont la douce dérive n’entrave pas la fantaisie. Depuis Mad Love in New York, sur la folle passion d’une SDF héroïnomane pour un sadique, les frères du Queens ont ouvert en grand la boîte de Pandore pour laisser se déchaîner une tempête de péripéties noires sur leurs héros. Dans Good Time, il s’agit là aussi de mélanger de brusques éclats de violence – un personnage qui s’explose contre une vitre, un autre qui se fait brutalement tabasser avant d’être drogué avec une quantité astronomique d’acide… – et une  grande sentimentalité – l’amour de Connie pour son frère, sa rencontre avec une ado futée mais complètement dépassée par la situation… Aussi phénoménales que soient l’inventivité et l’énergie déployées par le héros, chacune de ses rencontres le plonge un peu plus dans les abysses. Les cinéastes filment cette descente aux enfers comme un violent bad trip, nimbant leurs scènes de couleurs fluo (mémorable séquence dans un parc d’attractions fermé pour la nuit) et d’electro anxiogène. Si cette artificialité leur va comme un gant, ils n’en oublient pas, comme à leur habitude, de prendre au passage des instantanés naturalistes des laissés- pour-compte (prisonniers, camés, familles modestes). Connie est bien sûr loin d’être le seul à en baver, mais sa trajectoire, guidée par son frère comme par un phare, est assurément des plus flamboyantes.


« Good Time »
de Josh et Benny Safdie
Ad Vitam (1 h 40)
Sortie le 13 septembre