« Quand je flotte, en apesanteur, je deviens une autre. »


En 2029, la cyberdétective Kusanagi et son partenaire, Batou, poursuivent un mystérieux pirate informatique, le Puppet Master, qui menace la sécurité militaire du Japon. Alors qu’un remake sort ce mois-ci, focus sur ce monument de l’animation dont la complexité et la splendeur graphique ont fait se pâmer d’admiration Stanley Kubrick et James Cameron. Ghost in the Shell de Mamoru Oshii est autant l’œuvre d’un philosophe (réflexion vertigineuse sur la conscience) que celle d’un poète, dans laquelle l’action laisse place à la contemplation, la vitesse dialogue avec la lenteur, et qui doit autant à Blade Runner qu’à Andreï Tarkovski. Ainsi, la première scène de poursuite du film laisse place à une séquence presque onirique dans laquelle Kusanagi fait de la plongée en solitaire. La « caméra » descend vers les fonds marins en suivant des bulles d’air, jusqu’à dévoiler, au loin, la plongeuse qui remonte, pieds en l’air et tête en bas. Un second plan fixe la regarde s’éloigner vers la surface. Un troisième, rapproché, la voit se stabiliser en expulsant l’air de sa bouteille. Juste avant d’émerger, elle ferme les yeux puis les rouvre sur un ciel rougeoyant. Pendant un instant suspendu, le cadre est scindé en deux par la ligne d’eau, entre le bleu turquoise de la mer et l’orange des nuages, créant un effet de miroir par lequel l’héroïne se dédouble. À travers les gouttes qui floutent sa vision, le ciel semble vibrant comme dans un tableau de William Turner. La musique planante de Kenji Kawai laisse place au chant lancinant des mouettes, et la belle cyborg regagne le bateau où l’attend Batou. « Quand je flotte, en apesanteur, je deviens une autre », explique-t-elle, un peu plus tard. Dans un monde où l’âme est devenue une donnée comme les autres, l’humanité fait surface là où on ne l’attendait pas.


« Ghost in the Shell »
de Mamoru Oshii (1997)