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Alain de l'ombre Cinéma

Jean-Roger Milo, éternel second rôle chez Bertrand Tavernier et Claude Berri

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Le cinéma français est peuplé de seconds couteaux à qui les metteurs en scène trop frileux n’ont jamais permis de déchirer la toile. Ils errent de film en film, aiguisés, à l’affût, se constituant des carrières parallèles auxquelles l’absence de succès véritable donne un cachet particulier. Ce mois-ci…

Quiconque a déjà croisé sa trogne au détour d’une rediffusion télé n’a pu l’oublier. Il est vrai que l’acteur a longtemps dû subir les affres du délit de faciès. Et pour cause. Tête carrée, oreilles décollées, voix rugueuse: quand Jean-Roger Milo l’ouvre, c’est la rue qui parle… Le réalisateur Yves Boisset est le premier à prêter attention à lui – alors âgé de 20 ans, Milo tourne dans des courts et suit les cours d’art dramatique de Sacha Pitoëff, ancien prof de Gérard Depardieu. Boisset lui offre une silhouette dans La Clé sur la porte en 1978, et le retrouve deux ans plus tard – il crève l’écran dans La Femme flic, auteur d’un coup de pression ô combien malsain sur la pauvre Miou-Miou, jeune inspectrice enquêtant sur les réseaux pédophiles du Nord.

Estampillé 100% brute épaisse, l’acteur enchaîne alors les rôles de loubard et de castagneur dans une pléthore de films aux noms révélateurs : La Bande du Rex, Boulevard des assassins, Les Enragés, Les Loups entre eux… Le plus marquant reste bien sûr Tir groupé de Jean-Claude Missiaen, brûlot de 1982 sur la violence suburbaine, dans lequel l’acteur tue froidement la compagne de Gérard Lanvin, jouée par Véronique Jannot (très mauvais souvenir pour l’actrice, qui se plaindra de sa brutalité auprès du réalisateur).

Du castagneur au flic nounours

Le grand public le découvre aussi aux côtés de Jean-Paul Belmondo (L’As des as, Le Marginal) ou dans La Lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beineix (une seule scène – de bagarre – et Milo, qui ne fait jamais semblant, envoie Depardieu à l’hosto). L’acteur ne maîtrise plus sa force, et c’est Bertrand Tavernier qui va le calmer et le réorienter. Avec L.627 en 1992, Milo passe de l’autre côté. Il campe un flic nounours condamné à lutter à la fois contre sa hiérarchie et les dealers. Déclic pour Claude Berri, qui lui confie ensuite deux des rôles les plus importants de son parcours : Antoine Chaval dans Germinal et Maurice dans Lucie Aubrac.

Après la rue, le rural. La patte rustre de Milo se déploie enfin sur le tapis moelleux du cinéma hexagonal, mais il n’est pas fait pour la célébrité. Deux blockbusters plus tard (Le Pari, Astérix et Obélix contre César), il boucle la boucle en incarnant le “grand frère” du petit délinquant dans le téléfilm de Dominique Ladoge Les Sagards (2000). Son dernier rôle sera furtif dans San Antonio en 2004. On raconte que Gustave Kervern et Benoît Delépine le voulaient à la place de Michel Houellebecq pour l’expérimental Near Death Experience, mais, la vérité, c’est que depuis quinze ans personne n’a de nouvelles de Jean-Roger Milo. Alors un signe, de grâce!

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