Flavien Berger aime la pop cinématographique. À l’occasion du festival Days Off, où il présente notamment une sélection de films sur le voyage dans le temps, thème fétiche de son second album, Contre Temps, prévu cet automne, il a répondu à notre questionnaire cinéphile.


Tes 3 films de voyage spatiotemporel culte ?
Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais (1968), dans lequel le héros revit des scènes de son passé – un voyage dans le temps cinématographique, mental, une expérience. Je revois souvent La Jetée de Chris Marker (1962), magique – le voyage est ici au service de la narration, c’est un roman-photo où les images de la pellicule apparaîtraient à l’écran lentement. Quel chef-d’œuvre de simplicité, tout est dans le non-montré, le non-dit. Et la bande-son est sublime. J’aime les œuvres qui donnent envie de faire des œuvres. Et Les Visiteurs (Jean-Marie Poiré, 1993), qui croise deux de mes dadas, le voyage dans le temps et le Moyen Âge ; d’ailleurs, une de mes prochaines chansons s’appelle « Medieval Wormhole », le « trou de ver médiéval » – ça pourrait résumer le film, tiens.

3 B.O. obsédantes ?
Question épineuse : Miracle Mile (Steve De Jarnatt, 1990) par Tangerine Dream, parce que j’ai vu le film récemment ; Basic Instinct (de Jerry Goldsmith, 1992) – je n’aime pas toute la B.O., mais le thème est magnifique – ; et le travail de Jonny Greenwood (multi-instrumentiste 
de Radiohead) avec Paul Thomas Anderson sur Phantom Thread (2018), par exemple, ou celui de John Carpenter sur Assaut (1976). Écouter une B.O. sans les images, ou regarder un film sans sa musique, c’est vraiment un autre exercice, et parfois ça ne fait honneur ni à l’un ni à l’autre. Mais je suis une espèce de réalisateur du vide ; la musique que je fais, c’est peut-être la musique de film que je ne ferai jamais, une sorte de création par l’absence…

3 duos de cinéma que tu trouves beaux ?
Nicolas Cage et Laura Dern dans Sailor et Lula de David Lynch (1990), Gérard Depardieu et Isabelle Huppert dans Loulou de Maurice Pialat (1980), et Ana Moreira et Carloto Cotta dans Tabou (2012) de Miguel Gomes.

3 road trips à l’écran que tu aimerais vivre ?
Ou pas, si ça finit mal. Je citerais Macadam à deux voies (Monte Hellman, 1973), Les Valseuses (Bertrand Blier, 1974) et Mad Max. Fury Road (George Miller, 2015). L’errance est belle, on ne sait pas trop où on va mais on y va, pour échapper à ce qu’on quitte. Kraftwerk et le krautrock, musique brutale de la modernité urbaine, musique d’autoroute qui permet une transe de l’esprit, m’inspirent. Si Léviathan [son premier opus, rêverie marine parue en 2015, ndlr.] était un roller coaster de parc d’attractions, dans Contre Temps, le véhicule est une voiture…

3 comédies un peu légères que tu assumes totalement ?
Dans des tons différents, la trilogie de Richard Linklater, Before Sunrise (1995), Before Sunset (2005) et Before Midnight (2013). Puis Happy Accidents de Brad Anderson (2000), une rom com hollywoodienne d’anticipation, intense et bien écrite. Pendant tout le film, comme la fille qu’il séduit, on se demande si le type vient vraiment du futur ou si c’est un loser – à quel moment on décide de croire. Et L’Ami de mon amie d’Éric Rohmer (1987) : j’ai caché un plan de ce film dans le clip de mon premier titre, « Gilded Glaze ». On y voit une véliplanchiste, qu’on retrouve sur l’EP Mars balnéaire – d’un disque à l’autre, il y a des éléments qui reviennent, et Contre Temps commence là où s’arrêtait Léviathan. J’aime créer des tunnels, ouvrir des portails interdimensionnels…


: festival Days Off,
du 30 juin au 8 juillet 
à la Philharmonie de Paris
Carte blanche à Flavien Berger mercredi 3 juillet au mk2 Quai de Loire