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Cinéma

Eva Ionesco : années fastes

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« Eva m’a confié une vieille boîte à biscuits métallique de couleur bleue, Galettes de Pleyben, avec l’image de deux Bigoudens assis sur des tonneaux jouant du biniou devant un clocher de pierre. » Eva de Simon Liberati
« Ah, ça raconte beaucoup de choses, cette boîte… Mon père [qu’elle a peu connu et qui est décédé lorsqu’elle était enfant, ndlr] me l’avait offerte quand j’étais allée lui rendre visite en Bretagne. Je l’ai prêtée à Simon [Liberati, son mari, qui a coécrit Une jeunesse dorée avec elle, ndlr] pour qu’il écrive son livre sur moi… J’y garde des cartes postales de stars des années 1950 que j’ai chinées un peu partout, d’autres ramenées de mes voyages – par exemple celui qu’on avait fait en Grèce avec Christian Louboutin [son grand ami de jeunesse, qui a inspiré le personnage d’Yvan dans le film, joué par Nassim Guizani, ndlr] –, mais aussi des lettres d’amour que m’a écrites Charles, mon fiancé d’autrefois [qui a inspiré le personnage de Michel, joué par son fils, Lukas Ionesco, ndlr]. Au début du film, quand on la voit dans l’internat, Rose [son double fictionnel, joué par Galatéa Bellugi, ndlr] fait un peu la même chose, elle collecte ses lettres dans un vanity-case. En tout cas, cette boîte, je n’ai pas fini de l’utiliser. J’écris un autre livre qui s’inspire d’autres histoires d’amour. »

« Je sens très fort le roman noir ou bien le film noir, je ne sais pas pourquoi. » Innocence d’Eva Ionesco
« Ce passage de mon livre Innocence, c’est parce que je faisais comme une enquête sur mon père. Je convoquais ma mémoire et, forcément, j’y ai trouvé des choses difficiles… Dans Une jeunesse dorée, Rose pourrait être une héroïne de roman noir. On a d’ailleurs travaillé le personnage comme ça avec Galatéa Bellugi. Elle évolue dans ce quartier du boulevard de la Chapelle, où il y avait toutes ces baraques à strip. J’en ai fait des strip-teases ici, avec des copines ! Pour aller au Palace, il fallait traverser ce Paris dangereux, voyeur, avec des bandes qu’on savait armées qui s’agglutinaient. C’était curieux. »

« Plus on fait de choses, plus on a de temps pour en faire. Moins on en fait, moins on en a : les oisifs n’ont jamais une minute à eux. »Derrière cinq barreaux de Maurice Sachs
« Maurice Sachs, ça m’évoque évidemment la fête, puisqu’il adorait ça. Ça me fait penser aussi à l’oisiveté des personnages d’Une jeunesse dorée. C’est une partie de la jeunesse où on ne fait rien. Une sorte d’abandon, la vie comme au cinéma. On passe son temps à s’habiller, à traîner au lit avec son fiancé, comme dans un Godard. Pour moi qui ne suis plus si jeune que ça, je trouve que c’est agréable de filmer cette jeunesse, son côté aventureux, et de partager un tournage avec des jeunes gens. Même si la période que je dépeins dans le film a été douloureuse sur le moment. »

« Février 77. Promenade en bateau-mouche pour fêter notre mariage avec Dinah. Nous annonçons à tout le monde que nous sommes mariés, c’est très drôle… À quand le divorce ? » Un jeune homme chic d’Alain Pacadis
« Je me demande si cette fameuse Dinah n’était pas un travesti… Si mes souvenirs sont bons, il y a des photos d’elle et d’Alain près de la tour Eiffel… Je n’ai pas connu Dinah, mais j’ai bien connu Pacadis, qui a commencé à chroniquer sa vie très tôt. J’ai relu tous ses textes il n’y a pas longtemps, et je me suis aperçue qu’il était vraiment toujours au centre de ses articles, il disait “je”, ce qui était assez moderne. On en a vécu plusieurs, des faux mariages. Il y a eu le mariage d’Edwige [mannequin et chanteuse surnommée la “reine des punks”, ndlr] avec le réalisateur Jean-Louis Jorge, qui s’est ensuite fait assassiner à Saint-Domingue. Edwige aimait plutôt les filles et Jean-Louis, les garçons, mais ils se sont mariés. Dans mon film, la séquence du mariage à quatre avec Alain Pacadis qui donne les sacrements [Rose et Michel se marient pour de faux avec de riches mondains décadents incarnés par Isabelle Huppert et Melvil Poupaud, ndlr], c’est une idée de Simon Liberati. »

« Les riches croyaient qu’il était riche et les pauvres le considéraient comme un pauvre. Et comme rien ne venait contredire ces rumeurs, elles devinrent merveilleuses et vraies. »Le cœur est un chasseur solitaire de Carson McCullers
« J’aime beaucoup Carson McCullers, je l’avais lue très jeune et je l’ai redécouverte il n’y a pas très longtemps. Je m’étais inspirée d’elle dans mon premier film, parce que j’aime bien comment elle décrit des pièces dont l’ambiance s’envenime peu à peu. Ses livres peuvent aussi avoir un lien avec Une jeunesse dorée, parce qu’ils évoquent souvent l’errance adolescente. Dans le film, les deux garçons qui accompagnent Rose, Yvan et Adrien [incarné par Alain-Fabien Delon, ndlr], sont très dans le paraître, ils aiment répandre des rumeurs autour d’elle qui vient de la DDASS… Ce sont des gens qui sont attirés par le salon, le fait de bavarder, de faire croire des choses sur soi ou sur les autres, ce qui peut porter préjudice. Derrière cela, il y a aussi bien sûr l’idée de romancer sa vie, ce qui est d’ailleurs beaucoup plus accepté en littérature qu’au cinéma.

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PHOTOGRAPHIE : PALOMA PINEDA

[info]: « Une jeunesse dorée »
d’Eva Ionesco
KMBO (1 h 52)
Sortie le 16 janvier[/info]

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