Tous les dimanches à 10h sur les ondes de France Inter, Eva Bester et ses invités partent à la recherche des baumes anti-spleen dans l'émission "Remède à la mélancolie" dans laquelle elle questionne le rapport que chacun entretient avec cet état de vague tristesse. Elle a répondu à notre questionnaire cinéphile.


Si vous deviez décrire l’ambiance de votre émission en trois adjectifs ?
Bienveillante, curieuse, enjouée.

Trois films qui ont marqué votre jeunesse ?
La famille Addams (1992) de Barry Sonnenfeld ; j’étais amoureuse de Gomez, (Raúl Juliá et ses yeux globuleux), le charme absolu. Les Aventures du baron de Münchhausen (1989) de Terry Gilliam qui m’a donné envie de vivre sur la lune et d’avoir une tête dévissable, et le film d’animation Charlie (1990) de Don Bluth, qui met en scène des chiens par lesquels je rêvais d’être adoptée, mais comme le héros meurt deux fois dans le film, il me rendait aussi extrêmement triste (j’ai failli pleurer rien qu’en regardant la bande-annonce). A voir en VF pour la doublure du chien principal : la même que celle d’Harrison Ford et de Bill Murray.

Vos trois films préférés ?
Boulevard du crépuscule (1951) de Billy Wilder. Une ancienne vedette du muet macabre et psychotique campée par Gloria Swanson et William Holden en gigolo loser complaisant : chacun des personnages est un chef d’œuvre à part entière. Une étoile est née (1954) de George Cukor, ne serait-ce que pour la scène où Judy Garland danse et fait de chaque objet de la pièce un nouveau déguisement. À chaque seconde, choisir de se tourner vers la joie ou se détruire en laissant toute la place à la douleur. La Règle du jeu (1939) de Jean Renoir : la délicatesse, l’intelligence des dialogues, l’élégance des sentiments ; c’est un film qui élève l’âme.

Le film que vous regarderiez à trois heures du matin une nuit d’insomnie ?
Le jubilatoire et absurde Wrong (2012) de Quentin Dupieux. Il y a un manuel pour communiquer par télépathie avec les chiens dedans, cette idée chasse tous mes démons.

Les trois visages les plus mélancoliques du cinéma ?
Maurice Ronet dans Le Feu Follet (1963) de Louis Malle, quand il a ce demi-sourire ironique et désespéré à la terrasse du Flore, avant de boire le verre d’alcool auquel il n’a pas droit, mais ça n’a plus d’importance puisqu’il a décidé de se suicider. Anna Magnani en général (et même juste après avoir ri), et tous les acteurs de L’incompris (1968) de Luigi Comencini.

Décrivez-vous en trois personnages de fiction ?
Alvy Singer dans Annie Hall (1977), quand il éternue sur la cocaïne, Alain Leroy dans le Feu Follet quand ça ne va vraiment pas et Peter Sellers dans The Party de Blake Edwards (1969) que tout amuse même dans une grande solitude.

Trois films qui vous rendent mélancolique ?
Phantom of the Paradise (1975) de Brian de Palma, L’Incompris de Comencini et Boys Don’t Cry (2000) de Kimberly Peirce.

Trois films qui soignent la mélancolie ?
Un singe en hiver (1962) d’Henri Verneuil pour le duo d’ivrognes célestes Gabin-Belmondo et la fulgurance des dialogues d’Audiard, Chantons sous la pluie (1953) de Gene Kelly et Stanley Donen – le film qui a inventé la joie – et n’importe quelle comédie potache avec Will Ferrell (sauf Casa de mi padre (2012), énorme navet malgré la bonne idée de ne le faire parler qu’absurdement en espagnol).

Trois scènes de films que vous aimeriez vivre ?
Voler et faire apparaître de la nourriture par l’imagination comme dans Hook (de Steven Spielberg, 1992), me télétransporter dans un autre monde en sautant dans un dessin à la craie comme dans Mary Poppins (de Robert Stevenson, 1965) et réussir à extraire l’épée de la pierre comme Arthur dans Merlin l’enchanteur (de Wolfgang Reitherman, 1964). N’hésitez pas à me faire part de vos astuces.

Trois cinéastes que vous rêveriez d’interviewer ?
Jean Renoir, Stanley Kubrick et Milos Forman (vous avez vu Man on the moon ?)

Trois personnes qui vous ont ému pendant votre émission ?
Tzvetan Todorov, en parlant de son apaisement à contempler un chêne qui existait bien avant lui et continuerait d’exister après sa mort. André Markowicz, en confiant qu’il était mélancolique avant même de naître. Je me souviens aussi de la courte blague juive qu’il a racontée : « C’est l’histoire d’un juif qui rencontre un autre arabe». Henriette Walter habitée par une curiosité sans faille et un émerveillement constant, même dans les périodes douloureuses.


Remèdes à la mélancolie d’Eva Bester (autrement)