Un an après La Tour 2 contrôle infernale, revoilà Éric Judor devant et derrière la caméra pour Problemos, comédie cinglante où une famille de bobos parisiens rend visite à un groupe de zadistes au moment où le reste de l’humanité disparaît. Entre saillies absurdes et réflexions sur le jeu d’acteur, Éric Judor a répondu à notre questionnaire cinéphile.


Tes trois personnages de babos préférés au cinéma ?
Christian Clavier dans Les Babas-cool, évidemment. Il y en a un autre qui est génial, c’est l’étudiant dans Un Eléphant ça trompe énormément. Bon, il est pas vraiment baba cool, mais il est un peu mou. C’est celui qui vient draguer la femme du personnage de Jean Rochefort en lui disant [il prend une voix lente et monocorde, ndlr] : « Je vous aime, j’aime vos seins ». Un troisième… Lebowski dans The Big Lebowski ! Le film a inventé un autre rythme, une façon totalement décalée de faire rire.

Trois films fantastiques perchés que tu adores ?
La Planète des singes, le premier [de Franklin J. Schaffner, en 1968, ndlr]. J’avais à peu près 10 ans, je me souviens du choc que j’ai ressenti, quand le héros joué par Charlton Heston découvre la Statue de la Liberté et que j’ai compris que c’était la Terre, j’avais halluciné ! Retour vers le futur 1, dément. Zemeckis, de toute façon… Et puis 28 jours plus tard de Danny Boyle. C’était la première fois qu’on voyait des zombies courir. Ça, c’était flippant ! Normalement, comme ils avancent pas vite, on peut leur échapper, mais là ils tapent des sprints les mecs, donc non !

Trois actrices sur qui tu fantasmais, ado ?
C’était pas vraiment des fantasmes, mais parmi les femmes que je trouvais très belles… Annie Duperey dans Un éléphant ça trompe énormément, elle était toujours un peu mystérieuse. Marie-France Pisier, elle était canon ! Et la brune des Drôles de dames, celle avec le brushing [Jaclyn Smith, ndlr], pas celle avec les cheveux lisses courts [Kate Jackson, ndlr].

Trois acteurs qui te filent des complexes ?
Pfiou, y’en a tellement… Il y a des petits acteurs américains qui payent pas de mine, comme le mec qui joue le chef d’entreprise dans Avatar [Giovanni Ribisi, ndlr]. J’imagine que sur des machines comme ce film, le plateau doit être incroyable, les silences demandés doivent mettre une telle pression… Ces mecs-là arrivent et jouent comme s’ils étaient dans leur cuisine. Ces acteurs qui ont un easy play, c’est ceux qui m’inspirent le plus. Sinon, j’adorais Denzel Washington a une période, jusqu’à Training Day. Depuis son film suivant, je vois qu’il doit payer des impôts. Et puis il y a Ricky Gervais et Larry David, bien sûr, mais je dépasse le nombre d’acteurs de ta question…

Trois célèbres scènes comiques qui ne te font pas rire du tout ? 
Il y en aurait beaucoup trop à répertorier, parce que la comédie grand public d’aujourd’hui ne me fait pas rire. C’est con, hein, mais à force de bosser dans la comédie, je prends une route qui, visiblement, perd le public. Forcément, quand tu fais rire la masse, tu peux pas avoir trop d’aspérités, sinon tu vas choquer une partie de la population, tu vas déplaire aux femmes, aux enfants… Pour moi, si tu deviens grand public dans la comédie, c’est pas forcément très bon signe. C’est que t’as pas trop de style, alors que pour moi ça fait toute la différence. Je pense que Ricky Gervais est détesté de beaucoup de gens, alors que moi je suis en adoration. Y’a un mec en France en ce moment qui me fait mourir de rire, Marc Fraize, qui joue Patrice dans Problemos. Il a un spectacle à pleurer de rire, mais il y a souvent des rangées entières de spectateurs qui se barrent parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’il fait. Alors que pour moi, c’est du génie absolu.

Le film que tu regarderais à 3 heures du mat’, une nuit d’insomnie ?
La filmographie de Gabin, parce que je ne connais pas du tout. J’ai juste vu, par hasard l’autre jour, Un Singe en hiver et j’ai trouvé ça fou. Le jeu du mec, à cette époque-là, c’est tellement moderne ! Alors que tous les autres jouent genre [il prend un ton gouailleur haut-perché à la Arletty, ndlr] « Bah dis donc ! » Lui, il joue un truc proche, naturel, ultra en avance sur son temps.

Trois cinéastes, morts ou vivants, avec qui tu aimerais dîner dans une cabane autonome au fond des bois ?
Robert Zemeckis : il fait dans tous les genres. Danny Boyle : génie ! Et puis Jacques Audiard. Bon, après, ça serait pour un dîner, ils me feront jamais tourner, mais si au moins on peut manger des gambas ensemble…

Ta trilogie préférée ?
J’ai hâte de voir Edge of Tomorrow 2 pour voir si après ils font un 3, parce que le 1 est dément. Donc ma trilogie préférée serait Edge of Tomorrow, s’ils en font trois.

Trois séries indépassables ?
The Office, la série originale anglaise, qui a carrément lancé un courant comique qui a été repris aux États-Unis et que j’ai essayé d’adapter en France avec Platane. Gomorra, qui met un coup de vieux à tous les films américains de mafia. Et Le Bureau des légendes, qui est incroyable : les climax, l’écriture, le jeu des acteurs… Tout est fou.


Problemos d’Éric Judor
StudioCanal (1 h 25)
Sortie le 10 mai