Le zinzin Diamantino, premier long de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, se confronte avec un vrai plaisir de l’absurde aux crises contemporaines, vues par les yeux candides d’un footballeur pro qui rêve de toutous roses géants jouant au ballon dans la mousse.


On imagine que si Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt (qui font des films seuls mais parfois ensemble, comme le court A History of Mutual Respect) ont choisi le milieu du foot pro pour leur fable loufoque et détraquée, c’est parce qu’il concentre tout ce qu’il y a d’insensé dans nos sociétés : narcissisme démesuré, course à l’argent, individualisme… En y ajoutant une pincée de problématiques bien d’aujourd’hui (on n’y aborde rien de moins que le transhumanisme, la montée de l’extrême droite, le sort des migrants…), le tandem aurait pu faire le film le plus angoissant de la décennie. Sauf qu’ils choisissent de raconter ces travers du point de vue du gentil Diamantino, sorte de Cristiano Ronaldo qui serait resté bloqué à 6 ans dans sa tête – d’où les shih tzu roses qui investissent le terrain dès qu’il marque. Après avoir raté un but, il tombe de son piédestal et tente de se réinventer en père adoptif d’un petit réfugié (en fait une espionne lesbienne) tandis que des seins lui poussent et que ses sœurs maléfiques tentent de l’utiliser pour qu’il devienne l’emblème d’un parti fasciste. Un peu à la manière de Dougie Jones, ce personnage enfantin et quasi sans intériorité qui dérivait sans but dans Twin Peaks. The Return de David Lynch et Mark Frost, Diamantino nous ressemble en ceci que, nous aussi, nous traversons parfois ce monde délirant sans rien capter.


de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt
UFO (1 h 36)
Sortie le 28 novembre